‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 108 sur 323 · ERUDITION THEOLOGIQUE DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

ERUDITION THEOLOGIQUE DE BOURDALOUE

par là se damner et se perdre. Après avoir ainsi déterminé en principe et avec l'appui d'autorités irrécusables la nature du mal (pi'il combat, il s'engage dans le développement successif de ses trois parties: fausse conscience aisée à former dans le monde, dangereuse à suivre, vaine excuse devant Dieu. Delà sorte, il enseignée ses auditeurs tout ce qu'il leur faut savoir sur « ce sujet, qu'ils ne peuvent ignorer sans ignorer leur religion ». Le principe de la fausse conscience, sa naissance et ses progrès ; les périls où elle nous jette et ses effets pernicieux sur l'àme ; ses dernières conséquences et les terribles déceptions qu'elle nous prépare, Bourdaloue a tout embrassé dans le cadre de son discours : c'est une leçon solide, méthodique et complète de théologie morale.

L'érudition théologique se donne encore plus librement carrière dans lesdiscours spécialement consacrés audogme ou ((ui y touchent de plus près. Un des rares sermons oîi Bourdaloue ne prêche guère que le dogme, où la morale ne trouve place qu'à la lin et en manière de conclusion, c'est le sermon sur la Résnn'ertion de Jésus-Chî'ist, qui est rangé dans le recueil des Mijstères *. Aussi, parcourez les deux parties dont il se compose, et comptez tous les textes qui y sont cités. Arrêtez-vous surtout au premier, où Bourdaloue montre dans la résurrection du Sauveur le témoignage irrécusable de sa divinité. II nous explique d'abord la doctrine de saint Paul sur ce point, et il y ajoute les commentaires de saint Ambroise ; il expose l'idée que se formaientde ce mystère les premiers chrétiens ; il rapporte que, dans cette primitive Église, la résurrection s'appelait sim[Àemeni le témoignage, testimonhim, et que Constantin « ayant bâti dans la nouvelle Jérusalem un superbe temple sous le titre de Jésus-Christ ressuscité, lui donna le nom de Martyrium. c'est-à-dire tcstimonium ». Et saint Cyrille, patriarche de la même ville, continue Bourdaloue, en apporte la raison : savoir que ce temple < était consacré à un mystère que Dieu avait lui-même choisi pour être le té-

moignage solennel de la divinité de son fils ». Tout le reste du discours répond à ce savant début. Voulant faire voii ailleurs « comment la foi doit nous confirmer dans h créance » de l'éternité malheureuse *, Bourdaloue, aprèi avoir refuté les objections communément opposées par lei hérétiques, entreprend de prouver que ce dogme est ra tionnei, et il en donne trois raisons, la première emprunté! à saint Jérôme et à saint Augustin, une seconde qu'ajout saint Thomas, et la dernière qui a été donnée par « le théologiens après saint Augustin ». Les sermons de Bour daloue portent un caractère didactique bien plus marqu< chez lui que chez tout autre prédicateur, par la doubl raison qu'il s'appuie toujours sur les points fixes de 1: doctrine^ comme sur des axiomes, et qu'il invoque saii cesse les témoignages les plus considérables. Comme tou maître qui veut distribuer un enseignement vraiment so lide, constant et indubitable, Bourdaloue nourrit le sien e le fortifie de tous les textes les plus lumineux ou les plu concluants ; jamais il ne fait un pas sans citer ses auto rites et sans indiquer ses sources.

Il se présente parfois un point de doctrine, ou un text obscur, ou un fait de l'histoire sacrée sur lequel les inter prétations ditièrent. Toujours désireux de ne rien omettre Bourdaloue expose rapidement ces divergences. « Il n'y point de matière, dit-il au début du sermon sur T Aveugle menl spirituel 2, où l'Ecriture se soit expliquée dans de termes plus différents et en apparence plus contraires. Suivent des textes empruntés à la Sagesse, à Isaïe, à sain Paul, aux Évangélistes. — De môme encore, après avoir cit le texte du sermon sw lu Commémoration des morts : Ven» hora, et nunc est, quando mortui audient vocem Filii Dei et qui audierint, vivent ; « les Pères de l'Église, dit Bour daloue, ne s'entendent pas sur le sens de ce passage ^ ; et il rapporte brièvement l'explication d'Origène, celle d

Page 1