‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 120 sur 323 · rf.,2«joiir. l" méditation, t. XVI, p. 3o · texte numérisé non relu

rf.,2«joiir. l" méditation, t. XVI, p. 3o

tout péché me peut perdre ; mais il y a une pénifence plus capable de me damner que mon péché même, parce qu'elle l'entretient, sous ombre de le guérir... C'est celle qui... ne me garantit point de mes malheureuses rechutes ^ »

Quoi donc! la fragilité et l'inconstance humaines ne suffisent-elles point à expliquer bien des retours vers le mal, même après des repentirs profonds et des renoncements sans arrière-pensée? L'esprit a-t-il cessé d'être prompt, et la chair d'être faible? et l'homme qui a chassé un démon de sa demeure ne sera-t-il point exposé encore à de cruelles défaites, quand son ennemi reviendra, accompagné de sept autres démons plus forts que lui ? Bourdaloue ne le méconnaît pas. Mais ce côté de la vérité, s'il y insistait, serait rassurant, et il est des pécheurs que Bourdaloue ne veut pas rassurer.

« Je sais que cette morale pput causer du trouble à quelques consciences ; mais plût à Dieu que je fusse aujourd'hui assez heureux pour produire un effet si salutaire ! car je parle à ces consciences criminelles que de fréquentes rechutes ont confirmées dans l'iniquité. Or l'unique ressource pour ellfis est qu'elles soient troublées par la parole de Dieu. Aussi, bien loin de craindre de les troubler, mon unique crainte serait de ne les troubler pas ou de ne les troubler qu'à demi... Mais cela les pourrait désespérer. — Eh bien ! quel mal de les désespérer pour un temps, afin d'établir en eux l'espérance pour jamais ^ ? »

Paroles éloquentes, qui, pour être inspirées par le zèle d'une charité courageuse, ne perdent rien de leur énergique rudesse. On ne saurait en effet le contester, il y a chez Bourdaloue une tendance à traiter les âmes par les remèdes vigoureux, plutôt encore qu'à les gagner par les ménagements et les égards ; et cette tendance, conforme aux besoins des « consciences criminelles » dont il nous parle, n'était pas non plus en désaccord avec son propre

1. Dominicales, 18« dim. ap. la Pentecôte, sur la Rechute dans le péché, !■■» partie, t. VIL p. 164-165.

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