Cinquième lettr(\ .3. Ibid
COiNTRP:-PARÏIE DES PROVINCIALKS 211
urelé de la fin. » Ces deux doctrines, Pascal ne les place as tout d'abord dans la bouche du jésuite : il n'a garde. le serait donner à croire que les Pères partent de certains irincipes pour arriver ensuite aux applications, et leur Soctrine, si pernicieuse qu'elle fût, conserverait peut-être ncore une ombre de raison, une apparence de solidité, lais il n'en va point ainsi. Non, ces complaisants tliéolo- ;iens n'invoquent point de principes établis à l'avance; Is établissent des principes pour justifier, selon le besoin, es actes particuliers. Aussi, c'est dans la première lettre [ue le jésuite de Pascal expose la doctrine des « Probajilités m; ce n'est que dans la septième qu'il arrive à la c méthode de diriger l'intention ». Le moment est venu )ù il lui faut quelque nouvelle découverte pour autoriser e duel et l'homicide. Qu'elle est habile, pi.juante et maliùeusement ménagée, cette composition des P7-ovinciales ! lamais plus subtil poison ne fut distillé d'une main plus idroite.
-Mais, après Pascal, ou plutôt après le jésuite qu'il met ;n scène, écoutons le nôtre, Bourdaloue. Quelle doctrine i-t-il professée sur la probabilité et sur la méthode de diriger l 'intention?
Dans un sermon sur la Purification de la Vierge, il fait koir que Marie et Jésus Christ même ont donné l'exemple fune soumission parfaite et rigoureuse à la loi. IVon veni solvere legem, sed adimpiere.
f Ainsi, dit-il, le chrisliauisine a commencé par une obéissance qui aiiéanlit tout ce qu'une vaine subtilité peut nous suggérer contre les saintes lois que la religion nous impose; par une obéissance qui condamne sans réserve tant de dispenses abusives que nous nous accordons, tant de singularités odieuses que nous affectons, tant d'exceptions du droit commun que nous couvrons du voile d'une prétendue nécessité, tant de raisonnements frivoles et mal fondés, tant d'opinions hardies et trop larges, tant de probabilités chimériques^ tant de détours et de raffinements où nous altérons la pureté de la loi ^. »
1. Mystères, 1" sermon sur la Purification, t. XI, p. 113-116,
Que nous sommes loin des théories accommodantes que Pascal prête à son interlocuteur! Pouvait-il exister des « probabilités chimériques )) pour ce théologien lacite qui donnait des opinions probables une définition si large, et qui autorisait le chrétien à les suivre toutes, même celle qui l'est moins, de préférence à celle qui l'est davantage? Selon Bourdaloue, suivre la loi commune, éviter de faire exception, voilà la seule doctrine probable, et, s'il fallait choisir, la plus probable, à ses yeux, serait la plus sévère. (( Je suis bien aise d'avoir trouvé ce moyen de vous soulager sans péché; allez, vous n'êtes point obligé à jeûner *, » dit le jésuite des Provinciales quand il a enfin découvert un motif fie dispense applicable à celui qui le consulte. — En ce qui regarde la loi de Dieu, répond Bourdaloue, « le seul nom de dispense nous doit faire trembler ^. »
Sur la rectitude d'intention, Bourdaloue n'est pas moins catégorique.
( Quand il s'agirait de convertir et de sauver tout le monde, Dieu ne voudrait pas que je fisse un mensonge, quoique léger, et, jusque dans cette circonstance, il s'en tiendrait ofTensé. Quand il s'agirait de procurer à Dieu toute la gloire qui lui peut être procurée. Dieu ne veut point de cette gloire à une telle condition. Il veut que j'abandonne même le soin de sa gloire plutôt que de commeltre le moindre péché ^. »
Si Pascal avait entendu un jésuite condamner avec cette force les doctrines abusives de la probabilité et de la rectitude d'intention, il n'aurait plus eu de motif de combattre ni de railler : Bourdaloue, venu trente ans plus tôt^, rendait les Provinciales impossibles.
(( Nous avons donc, dit le jésuite de Pascal dans une énumération plaisante qui transforme les bons Pères en des charlatans faisant valoir leur marchandise afin de la mieux
i. Cinquième lettre.