‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 127 sur 323 · Huitième lettre · texte numérisé non relu

Huitième lettre

tribunaux où le riche a toujours lavantage sur le pauvre, etoii l'impunité s'achète ^.

Il suffit, selon le jésuite des Provinciales, de quelques habiles « détours d'intention » pour faire l'usure sans péché ^î — Bourdaloue, allant sur cette matière presque aussi loin que Pascal, et un peu plus loin peut-être qu'il ne convient, regrette la sévérité primitive qui réprouvait jusqu'au prêt à intérêt, comme contraire à la charité fraternelle.

« Ce péché d'usure, qui était condamné dans le paganisme, a trouvé [de l'appui chez les chrétiens. La cupidité l'y a introduit, et, pour le justifier, elle l'a lait passer pour un secours de la charité, et pour un soutien nécessaire au commerce pu- Llic. De peur qu'il n'effrayât les âmes timorées et fidèles, elle a eu soin de le déguiser en mille façons. C'était, si nous l'en voulons croire, une simplicité à nos pères d'estimer l'argent stérile de sa nature; elle a su le rendre fertile... Hœe pecuniam tunquam humum proponit, dit Zenon de Vérone... I^'avarice regarde son argent comme une terre féconde, le présentant à quile veut pour attirer celui d'aufrui... Pendant qu'elle promène cet argent de main en main, elle ne cesse point de l'augmenter par une funeste supputation d'intérêts, exigeant ceci pour cela, jusqu'à ce qu'elle ait recueilli une somme, non pas égale au prêt qu'elle a fait, mais enfiée du surcroît détestable que lui ont produit les années, les mois, les jours, armés pour ainsi dire de leur nombre, et devenus terribles par leur multitude Armani numéro dics etanni. »

Cette citation est empruntée au sermon sur la Restitution 3. Bourdaloue n'a pas dédaigné de consacrer un discours entier à traiter de ce devoir trop souvent éludé. C'était justement pour permettre de l'éluder que le jésuite de Pascal citait les maximes imaginées par les Docteurs de la Compagnie en faveur des banqueroutiers*.

1. Voy. quelques-uns de ces passages cités plus bas, troisième partie, chap. II, Peintures des mœurs du temps.

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