‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 132 sur 323 · ESPRIT DE MESURE DANS LA MORALE · texte numérisé non relu

ESPRIT DE MESURE DANS LA MORALE

n'est obligea autre chose, à la rigueur, qu'à observer les autres commandements, sans aucune affection pour Dieu, et sansi|ue notre cœursoit à lui, pourvu qu'on ne le haïsse pas )K C'est alors que Pascal, laissant éclater son indignalion, jette le masque, et rompt en visière à son interlocuteur stupéfait ; car « c'est le comble de l'impiété... Voilà le mystère d'iniquité accompli... On ose lever Yanalfirine que saint Paul prononce contre ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus ». — « Il est de la foi, dit Bourdaloue, que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus est anathème. Oui, mes frères, disait saint Paul, je vous regarde comme des anathèmes, si vous êtes indifférents pour cet Homme- Dieu et insensibles à ses intérêts. En vain feriez-vous dans le monde les plus grands miracles, en vain parleriez-vous le langage des auges, en vain auriez-vous tous les dons du ciel; si vous n'avez pas la charité de Jésus-Christ , vous n'êtes pas en grâce avec Dieu, et par conséquent vous n'êtes devant Dieu que des sujets d'abomination ^ )k

Ainsi la prédication de Bourdaloue est, sur tous les points, l'exacte contre-partie de cette morale relâchée que les /Voiv'/jria/es prêtent aux jésuitPS. On est dés lors moins surpris de voir que beaucoup des amis de Port- Royal le lurent aussi de notre prédicateur. Boileau, qui eut des démêlés avec la Société de Jésus, et qui, pour l'attaciuer, embarrassa un jour dans Iss broussailles de la théologie la libre Muse de la satire, Boileau, qui mettait à un si haut prix l'airection du grand Arnauld, s'honorait aussi, ou s'en souvient, de celle de Bourdaloue, et madame de Sévigné, l'amie fidèle d'Arnaud d'Andilly et de Pompoue, ne se lassait pas d'entendre l'éloquent jésuite : elle l'admirait à l'égal de Nicole, et quand un long séjour aux Rochers la privait des Sermons, la lecture des Essais de morale pouvait seule l'en consoler. Ce sont de précieux hommages rendus à la sévérité apostolique de Bourdaloue par des esprits d'ordinaire fort en garde contre tout ce qui venait des jésuites.

i . Mystères. Lundi de Pâques, sur la Résurrection de Jésus-Christ. 1. X, p. 2oo-2o6.

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Et pourtant les vrais fidèles de la petite église janséniste, les adeples décidés et ardents n'avaient point lieu d'être fort satisfaits de Bourdaloue. En effet, opposer aux accusations de relâchement une doctrine qui ne laisse perdre aucune des sévérités du christianisme, démontrer par cette prédication toute pure et tout austère la malignité des attaques et l'inanité des soupçons, cette attitude purement défensive en face du jansénisme ne suffisait pas à Bourdaloue. S'il s'en était tenu là, il aurait permis de supposer qu'en repoussant les attaques des jansénistes, il n'était pas, sur le fond des choses, en désaccord avec eux; et ceux-ci n'auraient pas manqué de publier que les jésuites se rétractaient, tout au moins de réclamer Bourdaloue comme un des leurs, de le représenter comme un disciple de Jansénius égaré parmi les fils de Loyola. Ne l'a-t-on pas de nos jours appelé « le plus janséniste des jésuites * » ? Étrange alliance de mots, qu'une lecture insuffisante et superficielle de Bourdaloue peut seule expliquer. Le jansénisme est, aux yeux de Bourdaloue, une hérésie formelle, fausse dans ses principes, extrêmement dangereuse dans ses conséquences, et, bien loin de lui donner aucune adhésion, il ne laisse jamais échapper l'occasion de le combattre. Jésuite et orthodoxe, son dévouement à son ordre et son amour pour la vérité l'éloignent également des jansénistes, qu'il considère comme des sectaires, et auxquels il semble dire : Non, nos doctrines n'ont rien de commun avec ce relâchement dont vous nous accusez, mais elles n'ont rien de commun non plus avec vos principes ; nous sommes également éloignés et des erreurs que vous nous imputez faussement, et de celles où vous tombez vous-mêmes.

De tout temps, Bourdaloue le constate, il s'est manifesté dans le monde chrétien deux tendances contraires,

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