‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 139 sur 323 · T. XIV, p · texte numérisé non relu

T. XIV, p

l'KTIT NOM BRI-: DES ÉLUS 231

«très haut, et peut-être au-dessus de lui-même. Rien n'est plus justement célèbre que cette fameuse péroraison où l'orateur, partageant l'épouvante qu'il inspire, se représente (( Jésus-Christ paraissant dans le temple... pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis ». 11 faut admirer dans tout ce morceau une heureuse et puissante conception oratoire, une mise en scène saisissante et dramatitiue, une conduite savante et progressivement ménagée, qui augmente de moment en moment l'intensité de l'impression, enfin uu grand art, sensible d'ailleurs dans tout le discours, de reprendre et de varier le même thème pour en tirer tous les effets qu'il comporte. Mais, si ce sermon est rangé à bon droit parmi les chefs-d'œuvre de l'éloquence française, doit-il être proposé comme un modèle de doctrine ? Bourdaloue sans doute en eût jugé autrement. \on pas que, suivant lui, les élus soient plus nombreux. Il n'irait point, comme le fit un jour dans une de ses plus célèbres conférences le plus élo(juent prédicateur de notre siècle *, atténuer le sens littéral de la parole évangélique : Pauci vero elecli, et, rapprochant ces mots du contexte, confrontant les divers passages où ils se trouvent reproduits, les diverses circonstances qui les motivent, conclure au (( grand nombre des élus ». Aux yeux de Bourdaloue, l'Évangile est formel, et il n'y a rien « que le Sauveur du monde, dans ses divines instructions, nous ait déclaré plus authentiquement, nous ait répété plus souvent, nous ait.... plus clairement fait entendre. Sommes-nous mieux instruits que lui de ce qu'il convient ou ne convient pas d'annoncer aux fidèles ? Prêchons l'Évangile, et prêchons-le sans en rien retrancher ni en rien adoucir ; prêchons-le dans toute son étendue, dans toute sa sévérité, dans toute sa force ». Mais, dit-on, on risque d'eft'rayer les âmes, de troubler les consciences. Bourdaloue ne recule pas devant cette conséquence. Ce sera un trouble salutaire, à la condition qu'on prêche cette vérité comme il convient, qu'on ne fasse pas dégénérer le trouble

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