‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 142 sur 323 · Sur la Sévérité de la pénitence, 2» partie, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Sur la Sévérité de la pénitence, 2» partie, 1. 1, p

consolée, on l'eût encouragée, on lui eût inspiré de la confiance, au lieu qu'on l'a désespérée '. »

Ainsi l'on ne réussira qu'à effaroucher les chrétiens douteux ou incomplets et à les rejeter loin de Dieu, en s'obstinant à leur prêcher un christianisme étroit et violent. Et s'il faut montrer par un exemple que Bourdalout voyait juste, n'est-ce pas sous ces couleurs trop sombres qu'un célèbre poète contemporain envisage la religion, lors(|ue, tourmenté du besoin de croire, il s'arrête un instant au seuil du sanctuaire, puis recule et se détourne sans y entrer, comme si les exigences du Dieu qu'on y adore épouvantaient sa faiblesse et révoltaient sa raison.

Me voilà daus les mains d'un Dieu plus redoutable

Que ne sont à la fois tous les maux d'ici-bas ;

Me voilà seul, errant, fragile et misérable.

Sous les yeux d'un témoin qui ne me quitte pas.

Il m'observe, il me suit. Si mon cœur bat trop vite,

J'offense sa grandeur et sa divinité.

Un gouffre est sous mes pas; si je m'y précipite,

Pour expier une heure, il faut l'éternité.

Mon juge est un bourreau qui trompe sa victime.

Pour moi, tout devient piège et tout change de nom,

Et l'œuvre des sept jours n'est que tentation. Je ne garde plus rien de la nature humaine ;

Mon seul guide est la peur, et mon seul but la mort.

On me dit cependant qu'une joie infinie

Attend quelques élus. — Oîi sont-ils, ces heureux?

Si vous m'avez trompé, me rendrez-vous la vie ?

Si vous m'avez dit vrai, m'ouvrirez-vous les cieux ?

Hélas ! ce beau pays dont parlaient vos prophètes,

S'il existe là-haut, ce doit être un désert.

Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites • !...

Telle est l'idée que se faisait de la religion chrétienne

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