Alf. de Musset. Poésies nouvelles, l'Espoir en Dieu
JANSENISTES MONDAINS 237
cette âme blessée, mais sincère, tristement partagée entre un scepticisme inquiet et des aspirations impuissantes, qui ne put jamais, comme Byron, « dire à l'espérance un éternel adieu, » et dont la pensée incrédule revenait souvent au christianisme pour en proclamer la ruine et pour la déplorer, comme un enfant orphelin revient sans cesse à la place vide où s'assevait sa mère. Mais le christianisme, tel que se le représente Alfred de Musset dans ces beaux et douloureux vers, est la religion de Jansénius, non celle de Bourdaloue. Le judicieux jésuite avait bien compris qu'un des plus graves dangers d'une sévérité excessive, c'était d'éloigner les faibles par le découragement et le désespoir.
Cette sévérité avait à ses yeux un tort plus grave encore : elle causait une secrète joie au libertin, « ravi, dit Bourdaloue, qu'on lui exagère les choses, pour être eu quelque manière autorisé par là à n'en rien croire ou à n'en rien faire, et qu'on lui en demande trop, pour avoir un spécieux prétexte de renoncer à tout : c'està-dire que de ces caractères outrés de la pénitence, qu'il paraît néanmoins estimer, et à quoi il donne de faux éloges, il ne tire point d'autre conclusion que de se confirmer dans son impéuitence. Car voilà, mes chers auditeurs, le ratïinement du libertinage de notre siècle : on veut une pénitence extrême, sans adoucissement, sans attrait, parce qu'on n'en veut pas du tout. Si je la faisais, dit-on, c'est ainsi que je la voudrais faire ; mais on en demeure là, et l'on se sait bon gré de cette disposition prétendue où l'on est de la bien faire, supposé qu'on la fît, quoiqu'on ne la fasse jamais. Ou tout, ou rien, dit-on ; mais bien entendu qu'on s'en tiendra toujours au rien, et qu'on n'aura garde de se charger jamais du tout. Ainsi raisonne le libertin *... »
Il n'était pas rare en effet que des mondains bien connus pour n'être point sévères à eux mêmes se lissent avec éclat les défenseurs de la plus étroite morale. Le dix-