‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 144 sur 323 · Sur la Sévérité de la pénitence, I . I, p · texte numérisé non relu

Sur la Sévérité de la pénitence, I . I, p

septième siècle a connu deux espèces fort différentes de jansénistes. Les uns étaient les jansénistes véritables, ceux de la première heure, hommes de secte, hommes de parti, prévenus, remuants, violents quelquefois, mais rigides pour eux-mêmes comme pour les autres, inflexibles dans leurs principes, fervents dans leurs convictions, irréprochables dans leurs mœurs. Ceux-là se retiraient effectivement du monde, se consacraient à l'éducation de la jeunesse ou à l'étude des livres saints, passaient leur vie dans les jeûnes et dans les prières, et ne sortaient de leur retraite que pour soutenir une lutte acharnée et sans cesse renaissante tantôt contre les ennemis de la religion, tantôt contre les adversaires de leur école. C'étaient les dignes lils de Jansénius et de Saint-Gyran, les solitaires de Port- Royal : ils s'appelaient Arnauld, Nicole, de Sacy. Mais il y avait aussi des jansénistes moins respectables, qui, sous l'habit doré du courtisan, dans le faste d'une vie délicate et luxueuse, s'élevaient avec affectation contre les complaisances coupables, contre les calculs sacrilèges des relâchés. Parlait-on devant eux d'un directeur qui faisait aux nécessités de la vie quelques concessions, peut-être fort sages, ils s'en scandalisaient avec fracas; mais ils oubliaient dédire quels étaient les directeurs si austères auxquels eux-mêmes s'adressaient. A les entendre, ils avaient horreur de voir la loi chrétienne, cette loi si pure, si inflexible, trahie par tant de ministres indignes; mais ils n'ajoutaient pas qu'eux-mêmes la trahissaient bien davant tage dans leur conduite. Ils prodiguaient de bruyants anathèmes aux casuistes, aux molinistes, à tous ces nouveaux pélagiens ; mais ils ne parlaient pas de leurs propres actions, que nul sans doute de ces nouveaux pélagiens n'eûautorisées. Ces jansénistes de salon^ parmi lesquels on comptait beaucoup de femmes, se piquaient do théologie, s'érigeaient volontiers en oracles, tranchaient de haut toutes les questions en litige dans l'Église, blâmaient beaucoup et louaient peu, voyaient aisément la paille dans l'œil du prochain, et ne paraissaient pas soupçonner que la médisance et le jugement téméraire fussent au nombre

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