‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 146 sur 323 · ESPRIT LARGE ET ECLAIRE DE BOURDALOUE · texte numérisé non relu

ESPRIT LARGE ET ECLAIRE DE BOURDALOUE

perdre, ni que certaines conditions soient nécessairement opposées au salut. Il combat avec une égale force l'une et l'autre de ces doctrines jansénistes, dont il a, mieux, que Jtout autre, compris et montré les périls. C'est un point de morale capital chez lui, que tous les hommes peuvent se sauver, quel que soit leur état de vie. Plusieurs chapitres substantiels de ses Pensées ont pour objet d'établir solideiment cette vérité, et sa prédication la met sans cesse en lumière. L'exemple des saints lui en fournit une preuve manifeste, qu'il ne néglige jamais d'invoquer. Il y revient et s'y arrête dans tous les sermons qu'il a prononcés pour îa Toussaint; c'est même le sujet exprès d'un de ces discours dans son ensemble ^ Oui, les saints, selon Bourdaioue,

« Les saints, par leur exemple, nous prêchent une vérité, mais une vérité touchante, une vérité édifiante, une vérité consolante, savoir qu'indépendamment de notre sens ou de notre goût, que sans l'éclat de certaines œuvres ou de leur austérité, que sans sortir de notre condition ni quitter les voies communes, •que sans prendre des moyens particuliers ni se proposer une autre fin que celle même qui nous est marquée dans la situation présente où nous nous trouvons, toute la sainteté, la vraie sainteté est de remplir ses devoirs, et de les remplir dans la vue de Dieu, de se conduire d'une manière digne de l'état où l'on est appelé de Dieu -. »

Et dirigeant contre les jansénistes une attaque directe, Bourdaloue ajoute:

1. C'est le sermon pour la Fête de tous les Saints, qui se trouve dans le recueil des Mystères. En voici la division: « Les Saints ont j su faire l'alliauce de leur condition et de leur i-eligion ; c'est par où ils ont commencé, et ce sera le sujet de la première partie. Les saints ont su metti-e en œuvre leur religion pour corriger les désordres et pour accomplir saintement les devoirs de leur condition ; ' '-^t en quoi ils ont excellé, et ce sera la seconde partie. Les samts ^u de leur condition, quoique mondaine, tirer des motifs et des urs pour se perfectionner dans leur religion; c'est ce qui a mis imble à leur sainteté, et ce sera la troisième partie. Voilà ce que s devons apprendre d'eux, et ce que j'ai à vous expliquer. » t. Second Avent. Fôte de tous les Saints, sur la Sainteté, 2" partie, .t. I, p. 220-221.

« Il y a dans le ciel des saints de premier ordre qui n'ori jamais été par profession ni solitaires ai austères: le Saint de Saints lui-môme, le Fils de Dieu, ne l'a point été, ou du moin ne Ta point paru, et peut-être l'enfer est-il plein de pénitents d'anachorètes que la vanité a perdus ^ ï

Non pas que Bourdaloue méconnaisse les mérites et le dons surnaturels de l'austérité et de la solitude. San doute ils sont l'objet d'une vocation particulière et privi légiée, ces hommes qui, séparés du monde, ont l'errai leurs oreilles à tous les échos delà terre. Pour mieu^ servir Dieu, et pour contempler uniquement les choses di ciel, ils ont renoncé aux conditions ordinaires de l'huma Il ité : vivants, ils se sont enfermés avec la mort dans ui tombeau, le cloître. L'Église a toujours honoré d'un( estime et d'une vénération plus grandes ces martyrs vo lontaires du sacrifice, qui, dès ici-bas, se précipitent dan; l'éternité. Bourdaloue n'a point d'autres sentiments que ceux de l'Église-, il a plus d'une Ibis développé avec complaisance, et en homme qui connaît bien ce dont il parle les avantages de la vie religieuse. Mais le renoncemen absolu et effectif, pour conserver tout son prix, et parceh même qu'il fait à la nature une plus grande et plus méritoire violence, doit rester une sainte exception. Bannirdi ciel tous ceux qui demeurent dans le monde, c'est méconnaître la diversité des vocations, c'est détruire la variété souple et harmonieuse qui préside au dévoloppement providentiel de la société humaine sous l'œil paternel de Dieu.

Pérjétré de cette vérité, Bourdaloue invite au festin du père de familleles hommes de tout état et de toute fortune. On ne l'accusera pas sans doute d'avoir dissimulé les obstacles qui rendent plus difficile le salut des grands, des riches et des puissants de la terre : pourtant il ne veut pas qu'ils se considèrent comme nécessairement déshérités des récompenses que Dieu réserve à ses élus; car le divin

{.Second Aveni.FC'lo de tous les Saints, surlaSainleté, 2" partie, \.i, p. 223.

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