SALUT POSSIBLE A TOUS
Enfant a voulu recevoir dans sa crèche non seulement les bergers, mais les mages, et il a ainsi sanctifié la condition des puissants comme celle des humbles.
c Après cela, qui que vous soyez, et quelque rang que vous teniez dans le monde, plaignez-vous que voire Dieu réprouve votre condition, ou (jue votre condilion vous éloigne de Dieu. Non, chrétiens, elle ne vous en éloigne point, ni votre Dieu ne la réprouve point. Elle ne vous en éloigne point, puisque vous voyez (|ue lui-m^me il la prévient des grâces les plus abondantes; il ne la réprouve point, puisqu'un de ses premiers soins, en venant au monde, est de la sauclitier dans les mages et de la réformer en vous. Il réprouve les abus et les désordres de votre condition ; il en réprouve le faste, il en réprouve la mollesse, il en reprouve la dureté et l'impiété, mais sans la réprouver elle-même, puisque c'est pour elle et pour vousmêmes qu'il ouvre aujourd'hui le trésor de ses miséricordes les plus efficaces et les plus particulières. Comme il est le Dieu de toutes les conditions, et qu'il vient pour sauver les hommes sans nul discernement de conditions, il veut que dès son berceau, où il commence déjà à faire l'office de sauveur, on voie i sa suite et des grands et des petits, et des riches et des pauvres, et des maîtres et des sujets. Approchons et approchons ous; allons à la crèche et allons-y tous. C'est de sa crèche |u'il nous appelle, de sa crèche qu'il nous tend les bras, de sa ;rèche qu'il veut répandre sur nous et sur nous tous les mêmes bénédictions ^ i
C'est donc une grave et funeste erreur de croire que 3ieu n'a pas donné à tous les hommes les moyens de se iauver ; c'est par un double aveuglement sur soi-même jue, toujours mécontent de son sort, et prompt à c^lomlier sa condition, «on veut être ce qu'on n'est pas, et l'on le veut pas être ce qu'on est: » deux abus que Bourda-
t. Second Avent, sur la Nativité de Jésus-Christ, t" partie, t. I, p.
6. — Voy. encore, dans l'Exliortation sur le crucifiement de Jésushrisf, un passage que M. Sainto-Bouve a reproduit dans son PortoyaL et où l'on voit que Bourdaloue ne reconnaît pas son Dieu ans le Glirist aux bras étroits des jansénistes : « Il veut, en nous ndant les bras, nous embrasser tous, » etc., t. IX, p. 138.
loue combat tour à tour dans son sermon swr VEtat de vie et le soin de s'y perfectionner ^ Il y enseigne que « toute la prudence de Ihorame, en matière de salut, se réduit à deux chefs, à s'avancer dans la perfection de son état, ef à éviter toute autre perfection, ou contraire à celle-là, ou qui en empêche l'exercice... ». — « S'avancer dans la perfection de son état,... c'est ce que Dieu veut de nous, parce que c'est uniquement pour cela qu'il nous a préparé des grâces, parce que c'est en cela seul que consiste notn sainteté, et à quoi par conséquent notre prédestination esl attachée... Dieu donne des grâces à la cour qu'il n( donnerait pas hors de la cour, et des grâces dans la magistrature qu'il vous refuserait partout ailleurs... ); N'imi tons donc pas « je ne sais combien de chrétiens... qui n( sont ni du monde ni de l'Église, parce qu'ils ne s'attachen parfaitement ni â l'un ni à l'autre; qui pensent faire quel que chose et qui ne font proprement rien, parce qu'ils m font pas ce qui leur est ordonné de Dieu... » Ne pour suivons pas cette « perfection chimérique qui nous port( à faire le bien que nous ne sommes pas obligés di faire, et à omettre celui que nous devons faire... ». Appli quons-nous uniquement à bien remplir nos obligations di chaque jour, et ne nous mettons point en peine de fair « des choses extraordinaires et singulières ».
« Dès là qu'elles sont singulières et extraordinaires, di Bourdaloue, elles sont rares et les occasions n'en sont pas fré quentes : cependant notre perfection doit être en ce qui nou est plus habituel, en ce qui nous occupe plus souvent, en c que nous avons continuellement dans les mains, en ce qi remplit les journées et les années de notre vie... Je dois don conclure que je ne serai parfait devant Dieu que par l'accora plissement de mes devoirs les plus communs ^. »
On ne trouvera donc point chez Bourdaloue cett étroitesse chagrine qui condamne indistinctement et
1. Dominicales, 10« dim. ap. la Pentecôte. Voy. surtout la â» partie t. VI, p. 304, sqq.
2. Retraite spirituelle, i" jour, Considération, t. XVI, p. 27.