VRAIS CARACTÈRES DE LA LOI CHRÉTIENNE
prloj'i tout ce qui se fait dans le monde. Loin de là, il reconnaît « qu'il y a une prudence humaine qui n'est poin t contraire à la sagesse évangélique, pourvu qu'elle lui soit subordonnée ' ». Il ne rompt pas en visière à toutes les bienséances et à tous les usages de la vie.
c Prenez garde ; je ne viens pas, dans une morale outrée, condamner les soins ordinaires du monde, le soin d'une famille qu'il faut régler, le soin d'un bien qu'il faut administrer, le soin d'un héritage qu'il faut cultiver, le soin même d'un procès où l'on se trouve impliqué, et où il faut nécessairement s'employer; cent autres de cette nature, dont on est chargé et dont on ne peut raisonnablement se dispenser... Je dis plus, j'avoue qu'il y a tels engagements, telles conjonctures, telles affaires, où ce serait plutôt un péché de négliger ces soins que d'y vaquer '. »
Il se plaît à proclamer qu'il y a des vertus dans le monde et quelquefois plus que chez les religieux.
« Sans parler des vertus politiques et civiles,... combien y a-t-il de chrétiens dans le monde plus mortifiés, plus humbles, plus charitables qu'une infinité de religieux ^l »
Enfin Bourdaloue veut qu'on puisse dire de sa prédication ce qu'il dit lui-même de la loi chrétienne. Citons encore cette page, si précise à la fois et si mesurée, qui résume toute la doctrine morale de notre prédicateur, et où il nous fournit les termes du jugement qu'on en doit porter :
« Étudions bien celte loi, et plus nous l'approfondirons, plus elle nous paraîtra sage; soit qu'elle contredise nos plaisirs, soit qu'elle nous accorde certains diverfisseraents honnêtes et modérés; soit qu'elle condamne nos entreprises; soit qu'elle
1. Instruction sur le clioix d'un état de vie, t. IX, p. 293.
2. Première exljortation*«r la Charité envers les pauvres, 3" partie, t. VIII, p. 16.
3. Retraite spirituelle, l" jour, 3« méditation, t. XVI, p. 22.
nous permette certains soins convenables et souvent même nécessaires; soit qu'elle réprime notre ambition; soit qu'elle nous laisse la liberté de penser à nos besoins et de pourvoir par des voies légitimes à notre établissement; soit qu'elle réprouve notre luxe, soit qu'elle approuve uue bienséance modeste et chrétienne : partout nous découvrirons le même caractère de sagesse. Elle est donc parfaite, mais d'une perfection qui gagne le cœur en persuadant l'espril ; elle est parfaite, mais d'une perfection qui s'accommode à tous les étals et à toutes les conditions des hommes ; elle est parfaite, mais d'une perfection qui, bien loin de causer du trouble, règle tout, corrige tout, maintient tout dans Tordre; elle est parfaite, mais de ce genre de perfection dont parle saint Ambroise, qui inspire une Immilité sans bassesse, une générosité sans orgueil, une modestie sans contrainte, une liberté sans épancliement, retenant comme dans un juste équilibre tous les mouvements et toutes les affections de l'âme ; enfin elle est parfaite, mais toujours dans l'étendue de ces deux termes, discrétion et vérité.
« J'ajoute que, par une disposition d'ailleurs toute divine, comme elle n'a rien d'outré dans sa perfection, elle n'a rien aussi de lâche dans sa modération... Quelque effort qu'aient fait les hérésiarques pour la décrier sur cela, elle s'en est haulement défendue et en a même tiré sa gloire. En vain Tertullien lui a-t-il reproché son indulgence dans le pardon des péchés; en vain a-t-il déclamé contre les catholiques et les a-t-il appelés charnels ; en vain a-l-il représenté l'Eglise de son , temps comme un champ ouvert à toute sorte de licence, de campo latissimao discipliyix (Tertull.) : ses invectives n'ont servi qu'à marquer l'aigreur et l'amertume de son zèle, et n'ont fait impression que sur quelques esprits faibles. 11 est vrai que la loi chrétienne ne désespère pas les pécheurs ; mais, sans les désespérer, elle leur inspire une crainte bien plus salutaire que le désespoir; et, sans leur ôter la contiance, elle sait bien rabatire leur présomption, il est vrai qu'en toutes choses elle ne conclut pas à la damnation; mais, sans y conclure absolument, elle ne manque pas, sur mille sujets, d'en proposer le danger, d'une manière à saisir de frayeur les saints mêmes. 11 est vrai que, dans l'ordre des péchés, elle ne condamne pas tout comme mortel; mais à quiconque connaît Dieu, à quiconque veut efficacement son salut, elle donne une grande horreur de tout péché, même du véniel. Il est vrai