ESPRIT DE MEDISANCE DES JANSENISTES
qu'elle distingue les préceptes des conseils ; mais elle déclare en même temps que le mépris des conseils dispose à la transgression des préceptes, et que l'un est une suite presque infaillible de l'autre '. i
Nous voici, par la seconde partie de cette citation, revenus aux jansénistes. Il est facile de les reconnaître dans ces (( hérésiarques « qui déclament contre la prétendue corruption de l'Église, et l'on n'altérerait point la pensée de Bourdaloue, si, au nom de Tertullien, on substituait celui de Jansénius ou de Saint-Cyran. N'est-ce point d'ailleurs aux jansénistes que s'adressent, d'une manit-re plus ou moins directe, tous les passages qu'on vient de lire ? N'estce point contre leurs tendances que Bourdaloue réagit sans cesse, quand il repousse toutes les restrictions imposées par eux à la miséricorde divine, et que, ne s'écartant jamais de la voie commune, il conseille aux âmes d'éviter ces sentiers écartés et pleins d'épines où l'on voudrait les engager?
Ennemi delà sévérité excessive des jansénistes et de leur esprit de singularité, Bourdaloue leur reproche avec une égale force l'esprit de censure et de médisance.
f La charité ne s'emporte point. Elle peut reprendre, elle peut corriger, elle peut, selon les besoins, s'expliquer avec force et avec fermeté; mais tout cela se fait ou se doit faire sans violence et sans emportement... La charité, lors même qu'elle est obligée de se montrer plus sévère et d'user de rigueur, ne perd jamais une certaine onction qui tempère foutes choses et qui en est comme l'assaisonnement *. »
Celui qui écrivait cette belle et chrétienne pensée appartenait à un ordre que les jansénistes ne cessaient d'attaquer et de poursuivre, non seulement avec l'àpreté propre à l'esprit de secte, mais avec l'acharneraent de la
1. Carême. Dimanche de la 2» semaine, sur la Sagesse et la douceur de la loi chrétienne, i" partio, t. II, p. 319-321.