Maximes et réflexions SU7' la Comédie
2oa LA DOCTRINE
chose, conserve encore ce dernier respect, le respect des morts : celui-là du moins est resté général, populaire, et peut-être l'a vons-nous plus que nos ancêtres. Bien (^ue, selon une parole célèbre, on ne doive aux morts que la vérité, il nous semble malséant de dire même la vérité tout entière sur une tombe à peine fermée, et l'anathème, toujours pénible à entendre, révolte, ([uand il est jeté à un homme dont les cendres ne sont pas encore refroidies. Quoi qu'il en soit, on voit que Bourdaloue ne ménage point les jansénistes. Affectation de sévérité, orgueil exclusif, médisance, hypocrisie, Bourdaloue leur prête tous les vices des pharisiens. Ce dernier mot, qui, dans ses discours, les désigne souvent, résume assez exactement ce qu'il pense d'eux : ce sont les pharisiens de la loi nouvelle. Il est permis, sans donner dans aucune de leurs erreurs, d'être moins rigoureux.
Que le mot de jansénisme désigne une hérésie réelle et non imaginaire, que le dix-septième siècle ait en effet vu naître une doctrine hétérodoxe dont Jansénius fut le père et le parrain, Saint-Cyran le propagateur et l'apôtre, doctrine qui exagérait certains dogmes du christianisme et supprimait les autres ou en tenait peu de compte; qui ne voulait voir dans l'homme que la créature tombée et à jamais pervertie, annulant pour ainsi dire la réparation de la chute par la rédemption et la régénération par le baptême: qui, dans les difficiles problèmes de la prédestination et de la grâce, accordait tout à la volonté arbitraire de Dieu, et rien à la liberté ni aux mérites de l'homme; qui condamnait à une radicale impuissance notre raison comme notre volonté, et qui se réduisait en dernière analyse à ces deux termes : scepticisme philosophique, fatalisme théologique; que cette doctrine se soit produite, enseignée, répandue ; qu'elle ait, je ne dis pas fait beaucoup d'adeptes, mais imprégné en quelque sorte beaucoup d'esprits ; c'est ce qui ne fait plus question. En vain Port-Royal a-t-il voulu donner à croire que le jansénisme était une invention de ses ennemis : cette prétention n'est pas soutenable. Qu'importe que les cinq propositions fussent ou non