‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 154 sur 323 · CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

CE QU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES

expressément tirées de Janséuius, si elles étaient, comme l'a dit si justement Bossuet, « l'àrae de son livre *? » Celte distinction subtile du fait et du droit n'était au fond qu'une échappatoire, qu'une chicane sans sincérité. Qu'un semblable artifice eût été imaginé par leurs adversaires, c'est alors que les jansénistes auraient crié à l'équivoque et à la mauvaise loi. En se retranchant dans cette position fausse, en s'y défendant avec une obstination qui ne se démentit pas jusqu'au dix-huitième siècle, ils ont prêté le flanc aux attaques non seulement des catholiques exacts, mais de tous les hommes de bon sens et de tous les esprits droits. Et pourtant cette tactique témoignait, par son inconséquence même, de leur attachement à l'unité, et du désir qu'ils avaient d'y rester fidèles. Leur doctrine était une hérésie; mais eux-mêmes ne voulaient pas s'appeler des hérétiques. C'était une contradiction, sans doute ; mais c'était aussi un hommage qu'ils rendaient à l'autorité et à l'Église, au détriment de leur propre logique. Ils n'allaient pas jusqu'au bout de leur erreur; ils s'arrêtaient à mi-chemin. Aussi les grands jansénistes, ceux de Port-Royal (car nous ne parlons point ici de ces jansénistes par mode qui justifient toutes les sévérités de Bourdaloue, moins encore de ces convulsionnaires dont les jongleries répugnantes devaient plus tard déshonorer la secte), ont trouvé au sein même du catholicisme quelque indulgence. Ils n'y sont point traités tout à fait avec la même rigueurqueles autres hérésiarques qui remplissent de leurs révoltes et de leurs condamnations l'histoire de l'Église. On ne les considère pas comme des rameaux complètement détachés ; on ne les confond pas avec ce bois mort de l'Évangile qu'il faut jeter au feu : ils sont plutôtsemblables à ces branches rebelles qui ne veulent pas prendre le pli et dérangent l'harmonie du verger, mais qu'on hésite à couper, parce qu'elles donnent encore de l'ombre et des fruits. Je sais

!. Lettre de Bossxiet au maréchal de Bellefoncs, du 30 septembre 1677. — Voy. aussi la Lettre aux Religieuses de Porl-Royil, et Beuussot, Histoire de Bossuet, t. I, p. 18« sqq., 460 sqq., et t. IV, p. 330 sqq.

2o8 LA DOCTRINE

(jue la logique à outrance de Joseph de Malstre n'admet pas ces nuances ; mais elles paraissaient raisonnables au grand bon sens de Bossuet. L'illustre évêque, qui était fort loin de partager les doctrines jansénistes, ou même de suivre leurs tendances, qui les exhortait à une soumission définitive et totale, qui relevait leurs erreurs avec tant de force, et réfutait d'une manière si judicieuse et si claire leur dangereuse distinction du fait et du droit, les traitait cependant avec des égards qu'on ne trouve pas d'ordinaire dans sa dialectique vigoureuse contre les défenseurs des autres hérésies. 11 voyait avec chagrin les hommes de Port-Royal, engagés dans une route sans issue, s'y consumer en stériles efforts; il regrettait que tant de travail, tant d'ardeur, une science si vaste, une dialectique si habile et si forte fussent perdus pour l'Église, et il invitait les écrivains jansénistes à dépenser au profit de la foi, et seulement contre ses véritables ennemis, de si précieuses et de si abondantes ressources.

C'est ce que firent plus d'une fois les jansénistes. Quoiqu'ils aient renouvelé sur quelques points les erreurs de Calvin, ils ne le cédèrent à personne pour la défense du dogme et de la morale catlioliques contre le calvinisme. Le Traité de la Perpétuité delà foi, qu'écrivit Arnauld, est un arsenal de textes et d'arguments, mis en œuvre par une logique un peu âpre et sèche, mais serrée, incisive, souvent irréfutable. On comprend que Bossuet, dans sa lutte contre le protestantisme, eût volontiers pris pour son second un théologien aussi érudit et un raisonneur de cette intrépidité. Nicole travailla beaucoup au livre de la Perpétuité de la foi et lui-môme écrivit de son côté contre les calvinistes. Ce sont là des services signalés que les catholii{ues ne sauraient oublier sans ingratitude. Ils doivent é-calement reconnaître aux jansénistes le mérite d'avoir travaillé sincèrement et contribué dans une certaine mesure à ce grand mouvement de renaissance chrétienne qu'on a justement appelé la réforme catholique ; car, dans la première partie du dix-septième siècle, en même temps que l'Église reprend l'offensive contre l'ennemi extérieur,

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