‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 155 sur 323 · CE 'JU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

CE 'JU'IL FAUT PENSER DES JANSÉNISTES

c'est-à-dire contre l'hérésie, et cherche à reconquérir le terrain qu'elle a perdu, elle opère dans son propre sein une réforme vaste et féconde dont ses récents échecs lui ont révélé la nécessité. Les mœurs du clergé, qui seront toujours fort loin d'être irréprochables jusqu'à la Révolution, se corrigent pourtant et s'épurent, surtout dans le clergé régulier. De nouveaux ordres qui se fondent, les anciens qui se régénèrent, ravivent dans l'Église cet esprit intérieur qui allait s'atfaiblissant. Le travail et la science refleurissent : on ne s'entientplus aux routines scolastiques; on va droit aux sources, aux textes primitifs; on étudie les Pères et l'Écriture. Observation plus rigoureuse de la loi chrétienne dans la pratique et dans les mœurs, développement de la vie chrétienne par la renaissance de l'esprit intérieur, restauration de la science chrétienne par le retour aux grands monuments de la foi : tels furent les trois principaux caractères de la réforme catholique, et tels sont aussi trois des caractères les plus saillants de l'école janséniste. Les solitaires de Port-Royal, dont plusieurs étaient laïques, donnèrent l'exemple d'une régularité et d'une austérité de vie que beaucoup d'ordres religieux, aux quinzième et seizième siècles, ne connaissaient plus. La sévérité de leur morale, dont nous avons avec Bourdaloue reconnu et blâmé l'exagération, n'était dans le principe qu'une légitime réaction contre les doctrines relâchées, qu'ils eurent le tort d'attribuer seulement aux jésuites, mais qui s'étaient bien réellement glissées dans le christianisme, et qui furent dénoncées et condamnées par Bossuet, par Bourdaloue et par l'Église aussi bien que par eux-mêmes. Ils furent avec excès, mais non sans raison, les adversaires de cette religion facile, et, qu'on me permette le mot, de ce christianisme des bonnes gens ^ qui s'était insinué un peu partout au déclin du moyen âge, et qui présentait peutêtre plus de périls dans notre pays que dans tout autre, parce qu'il favorisait le laisser-aller un peu épicurien de notre esprit gaulois, ils outraient les rigueurs de la pénitence ; ils ne permettaient l'usage des sacrements qu'avec des restrictions et des difficultés sans mesure comme sans

prudence ; mais ils se faisaient de toutes ces saintes chose une idée haute et grave; ils voulaient que le fidèle ac complîtles actes les plus importants de la vie chrétienn avec un intime sentiment d'humilité, et ils avaient hor reur qu'on s'en acquittât à la légère, comme de forma lités extérieures. Jamais ces deux mots : se convertir n'eurent un sens plus étendu et plus profond que dan leur bouche ; la conversion n'était pas seulement pour eu: un acte fugitif et peut-être souvent renouvelé de repenti et de bon propos : c'était un complet dépouillement di vieil homme, un changement de vie radical, qu'on fai une fois et sur lequel on ne revient plus. Ils éludièren l'antiquité chrétienne, et, s'ils poussaient jusqu'à une sort d'idolâtrie exclusive leur admiration pour saint Augustin ils ne laissaient pas cependant de lire les autres Pères n de méditer les écritures. Jansénius n'est pas seulemen l'auteur de V Augustinus ; il a fait aussi des Commentaire sur les É vangiles qua'^oss.nGi considère comme un molèl du genre *. On peut donc dire que, sur bien des points les jansénistes travaillèrent dans le sens du mouvemen catholique. Je sais qu'ils dépassèrent le but et franchiren la limite qui sépare la discipline perfectible du dogme im muable. On pourra objecter encore que cette réforme d la discipline elle-même se serait aussi bien faite sans eux Cela est possible; mais en fait ils y ont participé : c'es leur honneur et l'excuse de leurs fautes; c'est aussi l'ex plication de l'estime où les ont tenus tant de vrais et se rieux chrétiens.

Nous essayons ici de défendre les jansénistes contre le jugements trop rigoureux de Bourdaloue ; et c'est pour quoi nous ne faisons valoir en leur faveur que les raison qui sollicitent ou justifient l'indulgence des catholiques Si l'on voulait donner sur leur compte une appréciatioi plus générale, si Ton se plaçait au point de vue puremen moral et humain, on leur trouverait d'autres mérites en corequi ne sont pas sans prix. On rappellerait par exempL

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