Voy. Lettre de Bossuet à M. Nicole, du 17 août
CE QU'IL FAUT PENSER DES JAxNSÉNlSTES 261
ces Pe.'iles Ecoles où l'enfance recevait des soins si consciencieux et si intelligents, où les vieilles routines de l'enseignement, dernier reste de la scolastique, furent enfin remplacées par des méthodes rationnelles, où Racine trouva les premières inspirations de son génie. On n'oublierait ni la Logique ni les Grammaires, ces ouvrages d'une science claire et raisonnée autant que solide, et qui furent dans leur temps de grandes nouveautés. Il faudrait surtout mettre en lumière les mâles vertus qu'on ne peut refuser aux solitaires de Port- Royal, ce régime assidu de travail et d'étude, cette énergie d'intelligence et de cœur, enfin cette faculté <iui fut peut-être leur origmalité principale, et que j'appellerai le sens du sérieux et de la gravité en toute chose. Les hommes de Port-Royal appartiennent par leur physionomie morale plus encore que par leur âge à cette première moitié du dix-septième siècle qui conserve quelque chose de la vigueur du seizième, et où les âmes semblent d'une trempe plus forte. Ce sont vraiment des caractères, les dignes contemporains du grand Corneille. La constance qu'ils opposèrent aux persécutions, entachée sans doute d'un entêtement orgueilleux et mêlée de bie;i des misères, a pourtant sa grandeur, et, quelque irritantes que nous paraissent leurs subtilités et leurs subterfuges pour éluder les censures ecclésiastiques, leur attitude en face des violences royales nous inspire un respect sympathique. Louis XIV, qui n'aimait ni les esprits fiers ni les volontés inflexibles, et qui vit toujours dans les jansénistes un parti de frondeurs religieux, alliés naturels des frondeurs politiques, avait pour eux une sorte de répulsion instinctive et exagérée. Saint-Simon nous en rapporte plus d'un trait plaisant. Un athée, par exemple, faisait au roi bien moins d'horreur qu'un janséniste. Cette crainte perpétuelle et quelquefois risible qu'inspiraient les jansénistes à Louis XIV les a servis auprès de la postérité. Leur indépendance, qui eût mérité d'être mise au service d'une cause meilleure, etqui se montra peut-être trop opiniâtre, semble d'autant plus méritoire quelle était plus rare dans un temps où l'on disputait de flatteries et de
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complaisances pour obtenir les faveurs du maître. A côté de cette société prosternée presque tout entière au pied du trône majestueux de Louis XIV, c'est presque un soulagement pour nous d'apercevoir à l'écart, dans un coin du tableau, ce Port-Royal, menacé par le marteau des démolisseurs, et qui nous apparaît comme une grande école de courage et de virilité.
Ainsi^ sans contester aucunement, sans justifier surtout les erreurs des jansénistes et leurs torts, on leur accorde volontiers des circonstances atténuantes. Mais ne soyons pas à notre tour trop sévères pour Bourdaloue, et, alin d'expliquer la rigueur de ses jugements, ne soupçonnons ni sa bonne foi ni même son équité : souvenons-nous seulement des Provinciales. Je ne veux point chercher ici ce qu'il peut y avoir de fondé dans les reproches que Pascal, et tous les jansénistes avec lui, ont adressés aux jésuites; je n'examine pas s'il est vrai, comme on l'a dit, que Pascal, ayant tort dans les détails, a raison dans le fond : ce serait rentrer dans un débat suranné, que personne aujourd'hui n'a d'intérêt à rouvrir, et qui n'est ni de mon sujet ni de mon goût. Mais ce qu'il faut dire, à la décharge de Bourdaloue, et sous peine d'être injuste envers lui, c'est ([ue la nature des attaques que Pascal et ses amis dirigeaient contre la Société, le choix des armes dont ils se servaient dans la lutte, autorisaient toutes les sévérités et toutes les défiances du prédicateur jésuite.
il est un passage, parmi tant d'autres, où Bourdaloue fait une réponse pleine de précision aux Provinciales, et résume en quelques lignes tout ce qui indignait son àrae dans les attaques des jansénistes contre son ordre. Ce qu'il leur reproche avant tout, c'est le parti pris, la prévention tenace et haineuse, il faut reconnaître que la lutte entamée et poursuivie avec tant d'acharnement par les jansénistes porta bien ce caractère. Les jésuites, à leurs yeux, c'était le grand lléau de l'Église, le haïssable et redoutable ennemi contre lequel tout moyen est bon et toute guerre est sainte.