‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 182 sur 323 · LA DKVOTION ET LE BOX SENS · texte numérisé non relu

LA DKVOTION ET LE BOX SENS

mérhjue celle (jui choque le bon sens, el contre laquelle la droite raison se révolte d'abord ; ayant toujours été convaincu que le bon sens, quelque voie qu'on suive, doit être de tout, et que là où le bon sens manque, il n'y a ni oraison ni don de Uieu ^ »

La sagesse même ne saufait mieux dire. Si Fénelon se lût péuéti'é davantage de ces deux principes si prudents et si sûrs, il n'aurait point donné dans l'illusion de « l'oraison chimérique ».

Il ne nous reste plus, pour achever l'examen de la doctrine, qu'à exposer rapidement ce quon pourrait appeler la politique de Bourdaloue. Mais ce mot n'est-il pas un peu trop ambitieux pour désigner un ensemble d'idées qui n'appartient pas en propre à Bourdaloue, une théorie qui lui est commune avec son siècle, que lui-même n'a exposée nulle part d'une façon expresse et suivie, et qui se trouve seulement disséminée çà et là dans ses œuvres? Quoi (ju'il en soit, cette théorie se trouve chez Bourdaloue ; il nous laisse voir souvent ce qu'il pense soit sur la nature, les droits et les devoirs de la souveraineté, soit sur l'exercice du droit de propriété et sur l'usage de la richesse. Cette seconde partie, qui rentre plus spécialement dans ce que nous appellerions aujourd'hui la morale et l'économie sociales, est traitée dans plusieurs sermons avec beaucoup d'originalité et de force. D'ailleurs Bourdaloue, si brièvement (juil touche à toutes ces matières, en parle, comme de tout le reste, avec une précision, une netteté, une rigueur logique, une constante et exclusive prédominance d'esprit chrétien qu'on ne rencontrerait pas à un degré supérieur chez Bossuet lui-même.

Le principe essentiel et fondamental du système politique soit de Bourdaloue, soit de Bossuet, c'est le droit

i. Sermon aur lu Prière, t. VI, p. 22.

divin. Nous n'essaierons point de réhabiliter dans les conséquences qu'on en a tirées, et que quelques-uns en tirent encore, ce principe devenu odieux à la plupart, et condamné aujourd'hui avec l'ordre politique et social dont il était la base, avec les abus qu'il couvrait et semblait perpétuer. Peut être ne mérite-t-il pas cependant toutes les haines déclamatoires que son seul nom a le privilège de l'aire naître, et assurément il mériterait d'être mieux connu pour êlre plus équitablement jugé. Dégageons-le donc de la prédication de Bourdaloue, tel que l'a conçu cet esprit si grave et si chrétien.

Nous n'avons tous qu'un maître, le seul à qui appartienne, selon l'expression de Bossuet, non seulement la majesté, mais « l'indépendance y>, et ce maître, c'est Dieu. L'autorité divine est la source, le principe de toutes les autres. Tout homme qui exerce un pouvoir quelconque, «ivil ou politique, vaste ou restreint, permanent ou passager, le père dans sa famille, le magistrat sur son siège, le souverain dans ses États, tous ne font qu'exercer une partie plus ou moins considérable du pouvoir primordial et unique de Dieu. Point d'autorité légitime qui ne découle du Maître suprême, et qui ne participe de son droit. Si l'on s'en tient à ces termes généraux et abstraits, cette conception de l'autorité en soi n'est pas seulement la nécessaire conséquence de l'idée chrétienne : elle est rigoureusement rationnelle et philosophique pour toute raison et pour toute philosophie qui admet la personnalité créatrice de Dieu. Si le Dieu personnel et créateur existe, étant le Principe des principes, le Bien suprême et la Justice vivante, il est la source unique, la raison première de toute autorité légitime. La loi écrite, pour parler le langage de Platon, n'est que l'expression de la loi non écrite ; le droit humain n'est que le reflet de la Justice incréée. Tel est le principe de l'autorité pour toute philosophie spiritualiste et théiste. Et quelle autre philosophie peut établir l'autorité, lui donner une base rationnelle et solide? On a voulu de nos jours fonder une Morale indépendante : qu'a-t-on prouvé, sinon la vanilé et l'illusion d'un système qui

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affirme la lumière en niant le foyer, et qui veut conserver le lleuve dont il a t;jri la source? Quoi qu'on fasse pour échapper à cette alternative, l'autorité ne peut reposer que sur un de ces doux fondements : Dieu ou la force. Est-il besoin d'ajouter <iue dans ce dernier cas elle n'est plus l'autorité, mais la tyrannie? Depuis six mille ans, l'humanité n'a pas encore trouvé autre chose, et aujourd'hui encore il faut choisir entre ces trois termes : l'autorité émanant de Dieu, le despotisme de Hobbes ou l'anarchie totale.

Le point de départ de Bourdalôue, de Bossuet, et en général de tous les théoriciensde la politique de droit divin, n'est donc autre que le principe constitutif et tutélaire de l'autorité. C'est l'idée platonicienne, spiritualiste et chrétienne, que toute autorité vient de Dieu et n'existe que par lui.

Mais Bossuet et Bourdalôue ne s'en tiennent pas là. Pour eux, l'autorité divine n'est pas seulement la source, la raison d'être de l'autorité humaine; elle en est encore l'exemplaire, le modèle parfait. L'autorité humaine doit être, dans son mode d'exercice, l'imitation, la représentation de l'autorité divine; elle doit régler et déterminer sa forme et son action d'après un type qui est le gouvernement de Dieu. Or Dieu, dans l'univers, règne seul et sans partage : de même l'autorité humaine, dans chaque sphère, doit être autant que possible placée entre les mains d'un seul. Le père a seul l'autorité dans la famille; il n'y a également qu'un seul chef dans l'État. L'autorité n'est complète que sous la forme monarchique, qui lui est essentielle; toute autre forme l'affaiblit et l'altère.

Régnant sans partage, Dieu règne sans contrôle. Qui peut demander des comptes à Dieu? L'autorité humaine, délégation de l'autorité divine, a le même caractère : elle est absolue par nature. Le supérieur n'a point décomptes à rendre à l'inférieur. Le roi ne doit rien à ses sujets, encesens que ses sujets n'ont aucun droit sur lui. Bourdalôue dit, comme une vérité admise, que (( les souverains de la terre ont le pouvoir de faire des lois, sans être obligés à dire pour-

quoi; que leur volonté et leur bon plaisir suffisent pou autoriser les ordres qu'ils portent, sans que leurs sujets e puissent demander d'autre raison *. » Et quand il lait Louis XIV ces compliments qui terminent plusieurs de se discours, il l'appelle souvent « le plus absolu des rois ». Plu en etîet la monarchie est absolue, plus elle est conforme sa nature, à son type; plus par conséquent elle est parfaite Mais si l'indépendance du souverain dans ses rapport avec ses sujets est entière, s'il est absolument irrespon sable vis-à-vis de son peuple, sa dépendance et sa respon sabilité à l'égard de Dieu n'en sont que plus rigoureuses Lieutenant du Maître suprême en ce monde, il ne doit d^ comptes à personne sur la terre; mais il en doit, il en ren dra, et de terribles, à Celui qu'il représente. Ses devoir sont d'autant plus impérieux que ses droits sont plus éten dus, et son pouvoir, illimité du côté de la terre, est, di côté du ciel, une étroite et lourde sujétion.

« Car la grande erreur du monde, dit Bourdaloue, est di croire qns l'élévalion, le rang, la dignilé, sont aillant de droit; acquis pour le repos et pour la douceur de la vie. Mais la foi noui dit tout le contraire, et la raison est que plus une condilion es élevée, plus elle a de grandes obligations à remplir... Qu'est-C( <pi'une dignité, j'entends surtout dans les principes du cliristia nisme, sinon une spécieuse servitude, dit saint Basile de Séleu cie, laquelle oblige un homme, sous peine de damnation, d( s'intéresser pour tout un peuple, com',:ie tout un peuple es obligé de s'intéresser pour lui? Or il est intinimentplus onéreu? à un seul de travailler pour fo.:s, qu'à tous de travailler poui un seul 2. j)

« Les établissements et les rangs d'honneur, tout propre; qu'ils paraissent à flatter notre cupidité, ne sont néanmoins, i le bien prendre, que des engagements à souflFrir,.,. à se faire d( continuelles violences, à endurer souvent beaucoup des autres a mener une vie pleine de soins, enfin à s'immoler soi-même,..

1. Carême. Dini. do la 2« semaine, sur la Sagesse et la douceur de la loi chrétienne, 1" partie, t. II, p. 308.

2. Dominicales. Dim. de la Soptiuigù.simo, sur VOisivetc. S-^ partie, t. \ , p. 210. ■ ^ "= ' '

DROITS ET DEVOIHS DKS UOIS 301

à se faire, en certaines conjonclures, le martyr du bon droit et de réquilé, le martyr de l"innocenf*e, le martyr de la religion, le martyr de la gloire de Dieu... Car tous les vrais fidèles,... dans les hauls rangs où Dieu les a fait monter, ne se sont jamais regardés «pie comme des hosties vivantes pour essuyer tout, pour porter tout, pour se diivouer à tout ^ s

La puissance, à tous les degrés, et surtout la puissance souveraine, est donc plus redoutable qu'enviable; son origine divine, qui fait sa force, lui impose en même temps de dures conditions, et il est mille fois plus rassurant pour le chr«3tieu d'obéir que de commander. C'est là le caractère hautement moral de la théorie du droit divin, caractère trop souvent méconnu par ceux (jui mutilent cette théorie |)Our mieux la décrier. Le monarque, s'il est chrétien, ne considérera jamais son pouvoir comme arbitraire; il trouvera dans la volonté de Dieu la règle de la sienne, et dans la loi divine ime limite et un frein. Et si le roi voulait contraindre ses sujets à la violation de cette loi divine, si ses décrets étaient en contradiction avec la morale chrétienne , le devoir serait de lui déplaire : car c'est l.icheté, aux yeux de Bourdaloue, de faire passer l'autorité même la plus légitime avant la conscience.

« Rendez à César ce qui est dû à César, c'est-à-dire aux hommes ce qui est dû aux hommes, aux grands ce qui est dû aux grands; mais ne séparez jamais ce que vous leur devez de ce que vous devez à Dieu : et souvenez-vous de la belle maxime de saint Jérôme, que tous les intérêts de César sont bien les intérêts de Dieu, mais que les intérêts de Dieu ne sont pas toujours ceux de César... Craignez de leur déplaire, j'y consens, et vous le devez ; mais ne le craignez jamais, quand il faudra leur déplaire pour ne pas déplaire à Dieu ^. »

Ainsi le souverain, quelque absolu qu'il soit, est soumis,

1. Carême. Mercredi de la 2= semaine, sur VAmbilion, 3« partie, t. II, p. 384. 389. Voy. tout ce sermon.

2. Mystères. 2" scniion sur la Passion de Jésus-Christ, l" partie, t. X, p" lo2-lo3.

et plus que tout autre, à la loi de Dieu. Malheur à lui, s'il ne s'y conforme pas ! car il tombera entre les mains du Juge "éternel, du Roi des rois, dont la sévérité pour lui se mesurera à l'intluence terrible et universelle qu'exercent les vices des princes, leurs mauvais exemples, leurs passions, et jusqu'à leurs moindres négligences. Certes il est permis de trouver insuffisante contre les excès possibles du pouvoir cette garantie qui ne réside que dans la conscience du prince, et dans une toi que lui ou ses successeurs pourront ne plus partager. Les peuples aujourd'hui ne s'en contentent plus: ils exigent des garanties plus palpables, le contrôle par le moyen des assemblées, la division des pouvoirs, enfin un ensemble d'institutions équi- Ubrées et modératrices, dont il est également impossible de nier la justice et de coulestcrles bienfaits. Mais enfin, au dix-septième siècle, le pouvoir immense reconnu au roi et fondé sur le droit divin avait un contre-poids; et ce contre-poids, il était dans la loi divine, dans la crainte du jugement et de l'éternité, dans ces croyances pleines de consolations pour les humbles et de menaces pour les superbes, qui modèrent les grands daus l'exercice du pouvoir, et adoucissent pour les petits l'amertume de l'obéissance. Il est faux, absolument faux que la théorie du droit divin ait jamais autorisé cette maxime aussi impie qu'inhumaine, que les peuples sont faits pour les rois. Ni Bourdaloue ni Bossuet n'ont jamais rien ditde pareil; l'un et l'autre disent sans cesse tout le contraire. Les rois sont faits pour les peuples et pour Dieu K

Car si Dieu est la source de l'autorité, s'il en est le modèle, il en est aussi la fin. La mission de la royauté, comme de tous les pouvoirs humains qui sont soumis au pouvoir royal et qui se résument en lui, c'est de faire régner Dieu parmi les hommes, de les conduire à Dieu, de leur facihter et au besoin de leur imposer l'accomplissement de la loi

i. « Les rois ne sont après tout que des liouiines faits pour les autres hommes, dit Bourdaloue en présence de Louis XIY, et ce n'est pas pour eux-mêmes qu'ils sont rois, mais pour les peuples. » Carême. Alercredi de la 2« semaine, sur VAmbUion, t" partie, t. II, p. 376.

DROITS i:T DKVUIKS DKS HUIS ;iOa

de Dieu. Mais ce Dieu n'est pas seulement celui de la relijîion et de la morale naturelles : c'est le Dieu de lÉvangile et de la loi chrétieime, le Dieu révélé qu'adore l'Église catholique. Voilà Celui que le souverain temporel doit faire respecter par ses sujets, Celui dont il doit encourager et favoriser le culte, Celui qu'il doit défendre et venger. Or ce Dieu n'est pas moins offensé par l'incrédulité que par le vice, et par le libertinage de l'esprit que par le libertinage des mœurs. Le roi, (}ui tient de lui la couronne et qui doit épouser sa cause, n'empêchera donc pas seulement les manquements à la vertu, mais les manquements à la foi. Le glaive de la foi frappera non seulement les fautes en matière de morale, mais les fautes en matière de créance. Les unes et les autres sont également de la compétence du pouvoir civil, instrument de la volonté divine. L'hérésie, l'impiété, sont des crimes ou des délits comme le vol et le faux témoignage. Sans doute il peut être préférable de ne pas les réprimer par la violence, de s'en tenir à la persuasion et à la douceur ; mais ce n'est là qu'une question de prudence et d'opportunité. En principe, comme la théologie enseigne qu'il y a un péché d'hérésie, comme la souveraineté temporelle a été instituée de Dieu pour faire régner tout bien et pour combattre tout mal, le péché d'hérésie, dès qu'il est constaté, mérite, comme tout autre, les sévérités de la loi temporelle; et si le pouvoir civil s'abstient de le réprimer quand il le peut, si le souverain se désintéresse des questions de foi, et n'associe pas ses efforts à ceux de l'Église pour extirper le mal de l'erreur, il est coupable, il manque à son origine et à sa mission, il trahit la cause de Dieu.

I Occupé à répandre ses grâces el à faire luire son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons. Dieu laisse à ceux qui sont en place, et qui ont en main l'autorité, le soin de maintenir ses droits. C'est pour cela qu'il a établi des puissances sur la terre. Car le prince, dit saint Paul, est le nnnisire des vengeances de Dieu, et ce n'est pas en vain qu'il porte l'épée, puisque c'est pour la cause de Dieu, bien plus que pour la sienne, qu'il s'en doit servir. Il est le ministre de Dieu pour

faire rendre à Dieu ce qui lui est dû, et pour punir ceux qui violent sa loi... Autant qu'il y a dans le monde de souverains, de magistrats, de supérieurs, de prélats, déjuges, ce sont autant d'hommes chargés des intérêts de Dieu, et dans les mains de qui Dieu a mis sa cause. Si son nom est blasphémé, si sou culle est profané, il leur en demande justice, et cest à eux à lui en faire raison... Mais qu'arrive-t-il? ah ! chrétiens, ce que nous ne pouvons jamais assez déplorer... Cette cause de Dieu, mise entre les mains des hommes, par un effet de leur infidélité, est tous les jours indignement traitée, faiblement soutenue, honteusement abandonnée, lâchement trahie... Combien d'impies, non seulement épargnés et ménagés, mais respectés et honorés, mais, dans leur impiété même, loués et applaudis, et tout cela au mépris de Dieu! Qu'un grand de la terre soit offensé, tout conspire à le satisfaire, et il n'y a point d'assez prompte justice pour réparer la moindre injure qu'il prétend avoir reçue. Ne s'agit-il que de la défense de Dieu, en mille conjonctures tout est faible, tout est languissant. Quelque obligation qti'on ait de réprimer le libertinage, quand Dieu s'y trouve seul intéressé, on dissimule, on temporise, on mollit, on a des égards ; et par là le libertinage, malgré la sainteté des lois, prend le dessus ^ »

Ces paroles, prononcées devant le roi, semblent destinées à stimuler son zèle. Bourdaloue ne méconnaissait cependant pas tout ce que faisait Louis XIV dans l'intérêt de la religion, et il l'en félicitait hautement. Tantôt il louait « son application constante à maintenir l'intégrité et la pureté de la foi, sa fermeté et sa force à réprimer l'hérésie, à exteriTiiner l'erreur, à abolir le schisme, à rétablir l'unité du culte de Dieu 2 ». Tantôt il remerciait le Seigneur de voir « le premier roi du monde fidèle à Jésus-Christ, déclaré pour Jésus-Christ, saintement occupé à étendre la gloire de Jésus-Christ et à combattre les ennemis de son Église et de sa foi ;... l'hérésie abattue, l'impiété réprimée, le duel aboli, le sacrilège recherché et hautement

V ^^"^'^™® -^v^"'- 1" dim. sur le Jugement dernier, J" partie, 2. Ibid. Sur la NalivUé de Jésus-Christ, fin, t. I, p. 393.

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vengé '... ». Louis XIV se montre le digne successeur de saint Louis, <jui n'oublia jamais « qu'il était, comme roi chrétien, chargé devant Dieu du sacré dépôt de la foi, et que c'était à lui d'en maintenir l'unité et l'intégrité, en réprimant avec vigueur tout ce qui pouvait y donner la moindre atteinte ^ ».

Ainsi la souveraineté temporelle, divine par son origine, monarchique et absolue dans sa forme et dans son exercice, est en outre étroiteraont unie à la religion, qui la consacre et qu'elle protège. L'une et l'autre se prêtent un mutuel appui.

c Comme l'uu des caractères de la vraie religion a toujours élé d'autoriser les princes de la terre ; aussi, par un retour de piélé que la reconnaissance même semblait exiger, l'un des devoirs essentiels des princes delà terre a toujours été de maintenir et de défendre la vraie religion... Les princes sont les protecleurs-nés de la religion, comme la religion, selon saint Paul, est la sauvegarde inviolable des princes ^. »

La contrainte et la violence sont insuffisantes pour vaincre l'erreur ; mais les moyens moraux ne suffisent pas non plus. Seule l'union de la force matérielle et de la doctrine, de l'Église et de l'État, peut assurer la victoire de la vérité.

« Ce n'est pas toujours par les armes qu'on tait triompher la religion, et il est vrai même que par les armes seules la religion ne triomphe jamais pleinement. Il faut que la solidité de la doctrine vienne encore pour cela à son secours... Cir voilà le génie de l'hérésie ; convainquez-la sans la désarmer, ou désarluez-la sans la convaincre, vous ne faites rien. H faut, pour en k-enir à bout, l'un et l'autre ensemble : un bras qui la dompte t une tête qui la réfute. La difficulté est de trouver ensemble

1. Mystères. Sj^?- la Nativité de Jésu^-Chrixt, fin, t. X, p. 28.

2. Panégyriques. Utivmon pour la fête de suint Louis, l" partie, , XIII, p. 9b.

3. Or. funèbre de Henri de Bourbon, prince de Condé, 2« partie, . XIII. p. 296.

l'un et l'autre, Tun séparé de l'autre étant toujours faible, commf r«n joint à l'autre est insurmontable ^ . »

Bourdaloue trouvait « l'un et l'autre » dans le règne d(

Louis XIV, de ce grand roi à qui était réservé (( raccom-

plisseraent d'un souhait si divin ». La politique que suivi

Louis XIV à l'égard des protestants n'est point en effe

différente de celle que Bourdaloue préconise. On envoyai

aux protestants, qui, de gré ou de force, devaient se con

vertir, des missionnaires pour les convaincre et des gar

Disaires pour les intimider, « le bras qui dompte et la têt(

qui réfute. » Bossuet racontait dans un livre de géni(

l'histoire des Variations des Églises protestantes, pour

suivait Jurieu de ses avertissements et de ses réfutations

mettait à néant toutes les objections du pasteur Claude

Bourdaloue s'en allait prononcer dans le Midi d'admira

blés discours, oii il déployait non seulement la force per

suasive de sa logique, mais, c'est justice de le répéter ici

le zèle de la plus sincère et de la plus ardente charité : Bos

suet et Bourdaloue ne travaillaient pas seuls. Des homme

d'armes, répandus dans les provinces protestantes, ajou

talent par des moyens d'un autre ordre à la puissance de

arguments de Bossuet et à l'efficacité des pressante

sollicitations de Bourdaloue. La conscience n'a-t-elle don

pas, en face du pouvoir civil, des droits réservés, (

comme des retraites impénétrables à tout pouvoir humain

Fénelon lui-même ne pensait-il pas que « le souverain i;

peut exiger la croyance intérieure de ses sujets sur 1

religion; qu'il en peut empêcher l'exercice public,... mai

qu'il doit laisser les sujets dans une parfaite liberté d'exï

miner, chacun pour soi, l'autorité et les motifs de crédib

lité de cette révélation 2 » ? Faut-il prendre les armes poi

i. Or. funèbre de HenrVde Bourbon, prince de Condé, 2» part t. XIII, p. 303. ^ ^

2. Ramsai, Essai philosophique sur le gouvernement civil sel( les principes de Fénelon, c. xi — Vov. loùvrage de M. Paul Jam Histoire de lu philosophie morale et "politique, t. II, p. 292. sqq. Fénelon disait encore cette belle parole : « Nulle puissance humaii ne peut forcer le retranchement impénétiable de la liberté d'i cœur. » (Discours pour le sacre de l'Électeur de Cologne.)

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