‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 184 sur 323 · DROITS ET DEVOIRS DES ROIS · texte numérisé non relu

DROITS ET DEVOIRS DES ROIS

riche, pas plus que le sujet n'a de droit sur lo souverain. Mais le riche a des devoirs envers le pauvre, parce qu'il en a envers Dieu, et (jue Dieu lui impose l'obliiuition de secourir le pauvre, de le soulager et de le faire participer à sa propre richesse. Car de même que celui qui tient en main l'autorité ne la possède pas par lui-même, mais l'a reçue de Dieu, n'en est (jue le dépositaire et ne l'exerce jamais qu'à titre de dt'léj:ation ; ainsi le riche n'est pas à proprement parler le possesseur de son bien, ii en est le dispensateur, l'économe, Dieu élant l'unique possesseur de toutes choses, comme il est l'unique roi. Oui, disait Bourdaloue aux riches qui l'écoutaient, « Dieu est le souverain maître de vos biens, il en est le seigneur ; il en est même absolument le vrai propriétaire... Ces richesses que vous possédez, leur répétait-il ailleurs, ne sont pas proprement à vojs; vous n'en êtes par rapport à Dieu que les dépositaires et les dispensateurs K »

Mancupio nulli datur, omnibus usit,

avait dit Lucrèce, Mais ce (jui n'était pour le poète de 1 eeole épicurienne que la loi latale de la froide nature est, iux yeux du ministre de l'Évangile, la loi providentielle iu Père qui veut pourvoir au salut de tous ses enfants, et réparer les désordres ({ue la prévarication de la créature rinlroduits dans l'œuvre harmonieuse du Créateur. Car ( ce partage si inégal de facultés et de biens, qui dépouille e pauvre de tout, et qui comble au contraire le riche de résors 2 », n'est pas conforme au plan primitif du divin égislateur. La condition naturelle et normale, Bourdaloue e pense et le dit sans crainte, c'est la communauté des )iens.

1. Carême. 1" vendredi, sur F Aumône, l" partie, t. II. p. 1C9. — '/Id.. Jeudi de la 2« semaine, sur les Richesses, i' partie, t. III. 'i. Dominicales. S' dim. ap. la Peiitocôte, surfAumône, l" partie,

VI, p. 238. -'

« Selon la première loi de nature, remarque saint Ambroise^ tous les biens devaient être communs. Comme tous les hommes sont également hommes, l'un, par lui-même et de son fonds, n'a pas des droits mieux établis que ceux de l'autre, ni plus étendus. Ainsi il paraissait naturel que Dieu, les ayant créés, et voulant, après le bienfait de la création, leur fournir à tous, par celui de la conservation, l'entretien et la subsistance nécessaires, leur abandonnât les biens de la terre pour en recueillir les fruits chacun selon ses nécessités présentes, et selon que les différentes conjonctures le demanderaient ^ »

Qu'on ne s'effraie pas d'entendre Bourdaloue prononcer ces paroles hardies. Il constate la possibilité et la vraisemblance delà communauté des biens dans la création parfaite, telle qu'elle était sortie des mains de Dieu ; mais il sait que les conditions de la société humaine ont été irrémédiablement changées par la chute, et il se hâte d'établir la nécessité actuelle d'un partage inégal. Il le fait en quelques lignes où il résume les principaux arguments de sens commun bien souvent répétés depuis sous diverses formes, et qui attendent encore une réfutation.

ï Mais cette communauté de biens, si conforme d'une pari à la nature et à la droite raison, ne pouvait d'ailleurs, par la corruption du cœur de l'homme, longtemps subsister. Chacun, emporté par sa convoitise, et maître de s'attribuer telle portion qu'il lui eût plu, n'eût pensé qu'à se remplir aux dépens des autres ; et de là les divisions et les guerres. Nul qui volontairement et degré se fût assujetti à certains ministères pénibles et humiliants ; nul qui eût voulu obéir, qui eût voulu servir, qui eût voulu travailler et agir, parce que nul n'y eût été forcé par le besoin. D'où vous jugez assez quel renversement eu suivi dans le monde, livré par là, si j'ose ainsi m'exprimer, à un pillage universel et à tous les maux que la licence ne manque point de traîner après soi. Il fallait donc qu'il y eût une diversité de conditions, et surtout il fallait qu'il y eût des pauvres, afin qu'il y eût dans la société humaine de la subordination et de l'ordre ^. >

1. Dominicales. 8» dim. ap. la Pentecôte, sur l'Aumône, l""" part. t. VI, p. 238-239.

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