INEGALITE DES CONDITIONS 3H
Quelle dure loi cependant que cette répartition capricieuse qui met d'un côté toutes les jouissances et toutes les facilités de la richesse, de l'autre toutes les souffrances et toutes les angoisses de la pauvreté ?
— € Mais, providence de mon Dieu, s'écrie Bourdaloue, que vous êtes aimable et bienfaisante, lors même que vous semblez plus rigoureuse et plus sévère ; et que vous savez bien rendre par vos soins paternels ce que vous ôtez selon les conseils de votre adorable sagesse ! En effet, chrétiens, qu'a fait Dieu en faveur du pauvre ? Il a établi le précepte de l'aumône. H a dit au riche ce que saint Paul, son interprète et son apôtre, disait aux premiers fidèles : Vous ferez part de vos biens à vos frères; car, dès que ce sont vos frères, vous devez vous intéresser pour eux, je vous l'ordonne ^ »
Laumône, en effet, n'est pas seulement un conseil, mais un (- précepte ». N'allons pas croire qu'en donnant aux pauvres, nous accomplissons « une œuvre de surérogation » ; nous ne faisons que nous acquitter « d'une obligation étroite et rigoureuse » que nous impose la loi de Dieu, (( et cette loi est si sévère, qu'il n'y va pas moins que de notre salut éternel ; » nous ne pouvons y manquer sans (( péché mortel ^ ». Car « puisque vos biens sont à Dieu par droit de souveraineté, vous lui en devez le tribut, l'hommage, la reconnaissance; et puisqu'il en a la propriété même, et qu'elle lui appartient, il en doit avoir les fruits. Que fait Dieu, chrétiens? il affecte ce tribut et ces fruits à la subsistance des pauvres; c'est-à-dire qu'au lieu d'exiger ce tribut par lui-mêmeet pour lui-même, ce qui ne convient pas à sa grandeur, il l'exige par les mains des pauvres ; ou plutôt il substitue les pauvres pour l'exiger en son nom ^ ». Ce n'est point encore une fois qu'il soit permis au pauvre d'élever aucune prétention, ni de limiter en quoi que ce soit la fortune du riche. Bourda-