‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 188 sur 323 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

spécieux prétexte de l'accuser, de la blasphémer, de la renoncer *. » Et dans des paroles qui se pourraient appliquer à des catastrophes bien plus générales et plus terribles que les malheurs isolés auxquels pensait Bourdaloue, il menace les nobles et les grands qui l'écoutent « de ces malédictions temporelles que Dieu répand quelquefois sur ces riches si insensibles et si resserrés ; de ces renversements de fortune, de ces coups imprévus qui partent de la main du Dieu vengeur des pauvres'^ ».

Telle est la doctrine non plus seulement religieuse et morale, mais véritablement sociale de Bourdaloue sur le but et le rôle providentiel de la richesse en ce monde. Le principe est le même, on le voit, que dans la doctrine politique de la souveraineté. Toute autorité, toute propriété, viennent de Dieu, seul maître, seul possesseur souverain. La richesse est de droit divin comme la royauté. Ni celui qui commande n'a de comptes à rendre à ceux qui obéissent, ni celui qui possède à ceux qui ne possèdent pas. Mais les devoirs de celui qui possède, comme de celui qui commande, sont immenses. On a fait à la doctrine politique de Boss'uet et de Boudaloue le très juste reproche de confondre la souveraineté et la propriété. C'est qu'en effet, autant cette doctrine , appliquée à l'exercice de l'autorité politique, est contestable au point de vue de la logique, et dangereuse dans ses conséquences, autant elle est raisonnable, tutélaire, humaine, et, j'ose le dire, dans le sens le plus large du mot, véritablement libérale, quand elle se borne à déterminer le but de la richesse et à en régler l'emploi. Elle ne donne point pour principe à l'aumône un capricieux sentiment d'humanité, ni un vague instinct d'allruisme : elle en fait une obligation formelle, une dette contractée par le riche envers le Maître de toute richesse, enfin l'acte essentiel de cette charité chrétienne qui confond dans un même amour Dieu et le pauvre. Elle applique ainsi à la lettre la parole du Sauveur i

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