L OBSERVATION MORALE CHEZ BOURDALOUE
lui donnons, pour en tempérer l'aigreur, et pour les lui faire mieux goûter ? Rien moins que cela; mais tout au contraire, c'esl souvent une voie plus subtile, plus adroite, que notre malignilo nous inspire, pour mieux contenter, en l'outrageant et rhumilianl, la passion qui nous anime. On dit i une personne les choses les plus dures et les plus pipunles, de la manière, à ce qu'il semble, la plus douce et la il us uiïve, et l'on prend plaisir à lui enfoncer le trait dans 'âme d'autant plus avant et plus sensiblement qu'on paraît le faire plus charitablement et plus amiablemeut ^ ».
Arsixoê
Madame, l'amitié doit surtout éclater
Aux choses qui le plus nous peuvent importer ;
Et comme il n'en est point de plus grande importance
Que celles de l'honneur et de la bienséance,
Je viens, par un avis qui touche votre honneur.
Témoigner l'amitié que pour vous a mon coeur.
Madame, je vous crois l'àme trop raisonnable Pour ne pas prendre bien cet avis profitable, Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts^.
Qiion ne s offense point si nous rapprochons le grand )oète comique d'un austère prédicateur qui ne l'a pas oujours ménagé 3. Quelle meilleure garantie de la pénératiou de Bourdaloue que de le voir se rencontrer avec e peintre le plus profond et le plus vrai qui ait jamais re- )résenté l'homme au théâtre! C'est un domaine commun i tous les grands esprits du dix-septième siècle que cette cience de l'àme humaine où le moindre d'entre eux est 'ncore un maître. Le prédicateur moraliste est à sa matière un « contemplateur » aussi bien que l'auteur du Mianthrope. Mais ces caractères que le génie créateur de
i. Pensées diverses sur la Charité du prochain et les amitiés hunaines, t. XV, p. 46-47.