‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 2 sur 323 · NOTICE IX · texte numérisé non relu

NOTICE IX

qu'il garda toujours pour tout ce qui est mise en scène ; la sincérité entière d'un esprit qui ne veut donner le change ni aux autres, ni à soi-même; la vérité dans toutes ses actions, dans tous ses sentiments. Ce fut là une de qualités essentielles d'A. Feugère^))Le mot charmant de Vauvenargues fut littéralement vrai d'A. Feugère : « Les premiers jours de printemps ont moins de grâce que la vertu naissante d'un jeune homme. » Je ne crois pas que chez A. Feugère il y ait jamais eu un moment d'hésitation sur le choix de la carrière qu'il voulait suivre. Ses traditions de famille comme ses succès scolaires et ses goûts d'étude le portaient vers l'Université. En y entrant, il se sentait protégé par le souvenir, vivant encore, de son oncle, Léon Feugère, que la mort venait d'arracher à ses belles études sur le seizième siècle, et son père était là, toujours prêt à lui prodiguer les conseils de sa profonde expérience. Ce double exemple lui faisait encore aimer dans l'Université l'étroite union d'une vie active d'enseignement et d'une vie littéraire. Son ambition était d'être professeur et écrivain. Là, en effet, aucun de ces partages de notre temps et de nos devoirs qui se contrarient, qui divisent l'esprit et le fatiguent. Pour le professeur et l'écrivain le but n"est-il pas le même, si les lettres, à leurs yeux, ne sont pas le passe-temps d'un loisir curieux mais une forme de notre éducation morale? Leur honneur à l'un comme à l'autre, c'est que la parole ou le livre est pour eux un moyen d'action personnelle sur les àraes, qu'ils peuvent donner aux autres le meilleur d'euxmêmes, regardant toute neutralité, sur quelque objet que ce soit, comme l'abdication non seulement d'un droit, mais d'un devoir. L'écrivain même n'a-t-il pas

i. Anatole Feugère, sa vie, ses œuvres, son enseignement, par Paul Blanchemaiu, p. 26. Putois-Cretté (1880).

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