X NOTICE
beaucoup à apprendre du professeur, le professeur de l'écrivain? Enseigner, on l'a bien dit, c'est apprendre deux fois, c'est, à celte école pratique de chaque jour, acquérir d'excellentes habitudes d'ordre, de discipline, de netteté d'esprit, et ces autres habitudes morales, supérieures aux premières, qui nous viennent du respect que nous inspire le sentiment de notre responsabilité. Mais combien aussi le professeur doit-il à sa vie d'écrivain ? Quel profit pour ses élèves quand chaque jour le maître se trouve lui-même en présence des mêmes difficultés qu'il doit apprendre aux autres à vaincre ou à tourner! Et combien son enseignement, sans cesse renouvelé à ces sources vives du travail personnel, s'élargit, s'étend, se défend contre les redites de la routine, se tient dans un courant d'activité et de fraîcheur ! Cette double vocation était celle d'A. Feugère : il ne devait jamais les séparer dans sa courte et brillante carrière, mais les réunir au contraire et les confondre dans le sentiment d'un même devoir.
Reçu le quatrième en 1863 à l'école normale, A. Feugère prenait presque aussitôt le premier rang qu'il conservait aux examens de la Licence-ès-lettres comme dans le concours de l'agrégation des lettres (186()). Entre la seconde et la troisième année de son séjour à l'école normale, A. Feugère avait eu l'occasion de visiter la Suisse et l'Italie. Nous avons conservé une série de lettres où il rend les impressions de son voyage, dans leur première vivacité, et si elles gardent, sur les choses même dont elles traitent, un très réel intérêt, leur prix surtout à nos yeux est de fixer le moment où A. Feugère, malgré sa jeunesse, est déjà en pleine possession de ses qualités d'esprit, et celle qui domine est une singulière ouverture d'intelligence qui n'en exclut en aucune façon la fermeté. Il est là tout entier avec sa fine observation, sa curiosité qui se porte sur les plus