LIBERTÉ DE LA CHAIRE AU XVII» SIÈCLE
était opposé3 avec autant de fermeté que de sagesse ^. Du moins ce fut de la chaire que partit le signal de toutes les luttes théologiques qui remplirent le dix-septième siècle. Quand parurent soïiV Augustinus deJansénius, soit le Traité d'Arnauld sur la Fréquente Communion, soit le Nouveau Teslamentde Mons,so\i les Provinciales ^{ou}0\iv?,\q combat s'engagea par des prédications véhémentes, « coups de tocsin aussitôt compris et obéis 2. » Quelques censures atteignaient bien les violences trop scandaleuses. Le P. Nouet, par exemple, qui, dans la chapelle de la maison professe de Saint-Louis, rue Saint-Antoine, avait consacré huit discours consécutifs à tonner contre le traité de la tré- </uenic Tommurtio», récemment paru, et indirectementcontre les seize évêques et les vingtdocteurs de Sorbonne approbateurs de cet ouvrage, s'était vu contraint à une rétractation humiliante. Mais, en général, comment rendre un orateur responsable de tous les hasards de sa parole ? Comment faire le procès à des phrases fugitives, qui ne laissent d'elles-mêmes qu'un souvenir, peut-être infidèle ? Les discours ne sont point saisissables comme les écrits, et l'on ne pouvait brûler un sermon comme on brûlait un livre. La polémi(}ue en chaire conservait donc des franchises et des sûretés qu'elle n'avait point ailleurs.
Outre que le prédicateur abordait en toute hardiesse les questions contemporaines, il se mettait, bien plus qu'aujourd'hui, à l'aise avec ses auditeurs. On n'exigeait point qu'il gardât cettegravité un peu solennelle, ce rôle impersonnel et abstrait, dont la plupart de nos prédicateurs craindraient maintenant de se départir. Une sorte d'intimité plus étroite rapprochait l'orateur de son auditoire. Sans que personne songeât à s'en étonner, il adressait nominalement la parole à tel ou tel, interpellait celui-ci qui arrivait en retard, gourmandait cet autre qui faisait du bruit, enfin S3 psrmettait mille libertés dont on ne trou-