Satire X
seulement de perdre notre temps à un travail vain, mais encore de dénaturer l'esprit de la prédication de Bourdaloue en considérant l'allusion chez lui comme un artifice habituel pour piquer la curiosité.
Un sujet d'étude plus digne de lui, plus solide, et d'un intérêt plus sérieux, consiste à chercher dans les œuvres de notre prédicateur et à en dégager la peinture des mœurs de son temps, peinture générale et impersonnelle, mais tellement exacte, précise et détaillée, qu'à défaut de tout autre document, les sermons de Bourdaloue nous fourniraient tous les éléments nécessaires pour porter sur la société du dix-septième siècle un jugement équitable et complet. Supposez qu'au lieu d'être venus deux cents ans à peine après Bourdaloue, nous vivions à une époque où les hommes du dix-septième siècleseront devenusdes anciens ; supposez que nous ayons perdu Saint-Simon, madame de Sévigné^ La Bruyère, tous les Mémoires, tous les monuments qui éclairent dune si vive lumière ce temps mémorable, et qu'on n'ait conservé que les œuvres de Bourdaloue : avec ce seul livre, nous aurions de quoi pénétrer plus profondément dans la connaissance du grand siècle, et apprécier plus justement sa valeur morale, que ne le font beaucoup de nos histoires officielles et convenues. Mais, fort heureusement, nous avons encore et Saint-Simon, et madame deSévigné, et tous ces autres précieux témoins : nous les rapprocherons de Bourdaloue ; ils nous seront d'un grand secours pour l'interpréter et pour le contrôler. De la sorte, en même temps que nous verrons passer sous nos yeux, avec ses vrais caractères, toute cette société à laquelle s'adressait Bourdaloue, nous nous rendrons un compte plus exact de la valeur et de la portée qu'avait dans ses discours la peinture des mœurs contemporaines, et nous achèverons d'expliquer l'intérêt qu'offrait aux auditeurs cette forte et libre prédication.
Ce ne sont point les mœurs des bourgeois et des petites gens dont Bourdaloue nous offre le tableau. La première raison en est sans doute que la plupart de ses discours, au moins de ceux qui nous sont parvenus, furent prêches à