Préface du P. Bretonneau
avec plus de maturité et de profondeur ses propres études. Ou ne sait très bien ce qu'on sait qu'en l'apprenant aux antres.
La pratique de l'enseignement fut une école excellente pour le futur prédicateur. Il y connut par l'expérience de chaque jour quelles rèj,'les il faut suivre pour faire pénétrer dans l'esprit et y graver ce qu'on veut qu'il retienne, Teflicacité de la méthode, la nécessité de tout expliquer, de tout éclaircir, de distinguer avec netteté ce qui pourrait être confondu, de revenir souvent sur le même objet pour en donner une intelligence complète, de fortifier toujours les maximes générales par des applications particulières, les préceptes par des exemples. Bourdaloue gardera dans la chaire ces qualités du professeur, et Ion comprend que ses supérieurs aient PX)nsidéré d'abord l'enseignement comme le meilleur emploi des facultés dun esprit si solide et si métholique, si net et si précis.
Il nous est parvenu un monument de l'enseignement de Bourdaloue : c'est une Bhélorique écrite en latin par un de ses élèves, et sous sa dictée. Ce petit traité, naguère traduit en français *, ne se distingue pas sans doute par des vues personnelles et neuves. Quelcjues traits pourtant sont précieux à noter. Ainsi le professeur dégage avec soin les notions importantes de toutes les surcharges et curiosités inutiles, n'insiste (|ue sur l'essentiel, resserre le plus possible les définitions abstraites pourarriver plus vite aux exemples qui donnent un corps à ces définitions et en diminuent la sécheresse: en un mot, il se montre évidemment préoccupé de rendre son enseignement tout à la fois simple et pratique. Les préceptes et les notions particulières se rattachent par un lien toujours facile à saisir aux conditions générales de l'éloquence et de la nature humaine
par M. Aug. froiiiiei. proiesseur agrège ue i Liiiversite. raris, cnez Eug. Beliii, 1864. — M. Aug. Prolillet a joint à cette traduction une Notice biographique, très complète, très intéressante, sur Bourdaloue, et un Appendice, plein d'indications piquantes et de rapprochements
curieux.
elle-même. Enfin de liantes idées morales relèvent ces leçons techniques, et Bourdaloue s'elFjrce sans cesse d'inf u'qnor à ses élèves cette maxime que pour bien parler il faut bien vivre. Par tous ces mérites, cette Rhclorlque élémentaire est supérieure à la plupart des traités du même genre publiés avant ou après Bourdaloue, et d'ordinaire arides, routiniers, aussi compliqués que stériles.
Après la rhétorique, Bourdaloue professa la philosophie. Puis enfin il absorba l'enseignement qui lui convenait le mieux, et auquel, à vrai dire, il consacra sa vie tout entière, celui de la ihéologie morale. Il lut, compara, approfondit les Pères, et plus encore les Docteurs du moyen âge. Doué d'une merveilleuse facilité d'assimilation jointe à une grande mémoire et à ce génie de la méthode qui classe et coordonne lojtes les connaissances, il amassa un riche trésor d'érudition ecclésiastique.
Bourdiloue n'avait pas trente ans ^lorsqu'une occasion imprévue découvrit tout à coup l'emploi que le talent et la science déjà si vaste du jeune maître de théologie morale pouvaient trouver sur un plus grand théâtre. Un prédicateur étant tombé malade au milieu d'une retraite, on chargea BourJaloue de le remplacer. Son succès fut éclatant. Ce n'était pas seulement une inspiration passagère, une rencontre heureuse: c'était une vocation qui se révélait. Les supérieurs de Bourdaloue ne s'y trompèrent pas. Us le consacrèrent désormais d'une manière exclusive au ministère de la parole, et, pour achever de le former, lui confièrent d'abord pendant dix ans des missions en province.
Dans la ville d'Eu, Bourdaloue prêcha devant la grande Mademoiselle, et réussit à gagner les sulfrages de celte bizarre et mélancolique princesse, qui joignit, durant sa vie tout entière, aux plus naïves chimères de l'illusion les ennuis d'un perpétuel désenchantement. Elle ne se désenchanta pas de BourJaloue, et quelques années plus tard elle désira qu'il reçût ses derniers aveux et son dernier soupir *.