LA COUR SÉVÈREMENT JUGÉE
seraient partout ailleurs pour monstrueuses, se trouvant là autorisées par l'usage et la coutume, semblent y avoir acquis un droit de possession et de prescription. A force de vivre à la cour... à force d'en respirer l'air et d'en écouter le langage, on s'accoutume à l'iniquité.... et, par un progrès insensible, de chrétien qu'on était, on devient peu à peu tout mondain et presque païen *. » Enfin, « voici ce qu'on en pense et ce qu'on en dit tous les jours : que quand il s'agit de la conscience d'un homme de cour, on a toujours raison de s'en défier 2... »
Le lecteur taxera peut-être déjà toutes ces paroles d'exagération chagrine : nous le renvoyons à Saint-Simon, à La Bruyère, à la correspondance de Madame, mère du Régent, enfin, sans parler de tant d'autres témoignages, aux lettres de madame de Sévigué elle-même, peu suspecte de malveillance ou de mauvaise humeur, qui parut quelquefois à la cour, en éprouva un instant les séductions, mais fut trop sage pour la rechercher, parce qu'elle savait assez ce qui se passait « dans ce bon pays-là ^ ».
N'en demeurons pas aux appréciations générales ; avec Bourdaloue, venons au détail.
« A la cour, bien loin de se faire un crime de l'ambition, on s'en fait une vertu: ou si elle y passe pour un vice, du reste on la regarde comme le vice des grandes âmes, et Ton aime mieux les vices des grandes âmes que les vertus des simples et des petits *. •
Mais l'ambition qui régnait au temps de Bourdaloue, et dont il nous fait la peinture dans ses deux sermons sur ce sujet 5, n'était plus même, on en conviendra, « le vice
1. Premier Avent. 3' dimancho, sur la Fausse conscience, l" partie, t. I, p. 113-H4.