Id., t. II, c. XIX
mine à dire au roi tout le contraire de ce qu'il devait lui rapporter, etparvient delà sorte à irriter Louis XfV contre le duc de Noailles. Le ministre de la guerre arrête ainsi les progrès de l'armée royale ; il empêche la prise de Barcelone, si avantageuse à la France : qu'importe, si M. de Noailles est perdu*? Mais peut-être c«lui qui nous rapporte ces choses, Saint-Simon, homme d'honneur et de probité, fermera-t-il son cœur de chrétien à ces haines implacables. Il ne nous laisse pas cette illusion. Quand, à la veille de la mort de Louis XIV, il choisit avec le futur régent les nouveaux ministres : « Pour Desmarets, dit-il, j'avais juré sa perte^et j'y travaillais il y avait longtemps. C était le prix de son ingratitude et de sa brutalité à mon égard -. » Et comme Pontchartrain lui était encore plus odieux : « Il y avait longtemps, ajoute-t-il au sujet de ce dernier, que j'employais tout ce qui était eii moi pour lui tenir la parole que je lui avais donnée de le perdre ^. » Convenons pourtant que ces derniers mots sont à la décharge de Saint-Simon. Lui du moins ne cachait pas aux gens le mal qu'il leur voulait faire : Pontchartrain était prévenu. Beaucoup n'y mettaient pas tant de franchise, et Madame, mère du Régent, pleine du dégoût qu'inspiraient à sa rude sincérité tant de machinations perfides dont elle était témoin et souvent victime, écrivait : « Depuis que je suis ici, je suis accoutumée à voir de si vilaines choses, que si jamais je me trouvais en un lieu où la fausseté ne régnât pas, où le mensonge ne lut pas favorisé et approuvé comme dans cette cour, je croirais avoir trouvé un paradis *. » Joignons à ce témoignage celui de madame de Maintenon, qui n'est pas moins fort : « Comptez, monseigneur, écrivait-elle à l'archevêque de Paris, que presque tous les hommes noient leurs parents et leurs amis pour dire un mot de plus au roi et pour lui montrer qu'ils lui sacrifient tout. Ce pays-ci est effroyable , et il n'y a pas de
i. Saint-Simon, 1. 1, c. xiv.
■i. Id., t. XII, c. IX, p. 2i6.