Id., t. VU, c XI
Bourdaloue, et ce n'est pas son moindre titre à notre estime, représentait sans cesse aux courtisans « toutes les bassesses qu'il en coûte * » pour arriver à la fortune; il s'efforçait de les en faire rougir; il les rappelait au sentiment de leur dignité d'hommes et de chrétiens; il opposait la sainte liberté des enfants de Dieu à cette servitude des flatteurs de l'homme.
t Quelle bassesse, s"écriail-il, en secouant le joug de Dieu, de s'imposer le joug de Thomme; c'est-à-dire de ne plus vivre qu'au gré de l'homme, de ne plus subsister que par son crédit, de n'avoir plus d'autres volontés que les siennes ; de ne plus faire que ce qui lui plaît, d'être obligé sans cesse à le prévenir, à le ménager, à le flatter ; d'être toujours en peine si l'on est dans ses bonnes grâces ou si l'on n'y est pas, s'il est content ou s'il ne l'est pas! Est-il un esclavage plus ennuyeux el plus fatigant ? i
Il osait faire retentir devant le roi la parole du Psalmisîe : Nolile confidere in principibus ^, et rappeler « les rigoureuses épreuves qu'on fait tous les jours de l'indififérence, de la dureté, de l'insensibilité de ces fausses divinités de la terre ^ ». Ou bien, commentant cette autre parole de saint Paul : No/ite fieri servi hominum *, il énumérait avec une précision instructive tous les honteux sacrifices qu'impose cette captivité volontaire :
« Il y a une servitude des hommes essentiellement opposée à la liberté que Jésus-Christ nous a acquise... Mais à qui le prédicateur de l'Evangile en doit-il donner plus d'horreur qu'à ceux qui mènent la vie de la cour? où les effets que produit cette damnable servitude sont-ils plus funestes et plus pernicieux qu'à la cour? Servitude des hommes, engagement comme néces-
1. Premier Avent. Pour la fête de tous les Saints, sur la Récompense des saints, 1™ partie, t. I, p. 15.