‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 226 sur 323 · BASSESSE ET SERVILITÉ · texte numérisé non relu

BASSESSE ET SERVILITÉ

saire à Tiniquité, disposition prochiiine à l'injustice, assujettissement aux erreurs d'aulrui, aux caprices d'autrui, aux passions d'autrui;... servitude des hommes, qui vous fait entrer dans toutes leurs intrigues et tous leurs desseins, quelque criminels qu'ils soient, qui vous fait acheter leur faveur aux dépens de tous les intérêts de Dieu, aux dépens de tous les intérêts de la conscierjce et du salut, aux dépens de vous-mêmes et de votre âme. Ah ! mes frères, êtes-vous hommes, et surtout êtes-vous chrétiens, pour servir de la sorte?... A Dieu ne plaise que je fasse d'ailleurs consister la liberté chrétienne à s'affranchir du juste devoir qui nous soumet aux puissances légitimes!... Mais cette dépendance que nous inspire la religion a ses bornes, et j'en reviens toujours à la maxime de saint Paul : NolUe fieri servi hominum. Non, vous ne devez point servir les hommes jusqu'à en faire des divinités, jusqu'à les substituer en la place du premier souverain Maître à qui vous appartenez, jusqu'à leur vendre sa loi, à leur vendre votre innocence , à leur vendre votre éternité, en vous rendant fauteurs de leurs vices, complices de leurs désordres, compagnons de leurs débauches, approbateurs perpétuels de tout ce que leur suggèrent la cupidité,'le plaisir, l'ambition, l'envie, la haine, la vengeance, le libertinage et l'impiété. Voilà ce que j'appelle, non plus une obéissance raisonnable, mais une servitude, et la plus vile servitude : voilà de quoi un Dieu sauveur a prétendu nous dégager ^. I

L'intrépidité d'adulation des courtisans les plus en crédit justifiait trop bien tous ces avertissements. Quand, « à la face de Dieu et des hommes, le maréchal de La Feuillade fil la consécration de la statue du roi, qu'il avait fait élever dans la place des Victoires, » avec « toutes les prosternations que les païens faisaient autrefois devant l^s statues de leurs empereurs i'; quand il forma le dessein d'acheter une cave dans l'église des Petits-Pères et de la pousser par-dessous terre jusqu'au milieu de la place des Victoires, afin de se faire enterrer précisément sous la statue du roi; quand « il fonda les lampes perpétuelles

i. Mystères. 2' scrm. sur la Purification de la Viergp, 2' partie, t. XI, p. 158-159.

qui devaient éclairer la statue nuit et jour * », honneur réservé jusqu'alors au Saint-Sacrement de l'autel; n'était- €6 point servir les hommes « jusqu'à les substituer en la place du premier souverain Maître »? Et n'achetaient-ils pas la faveur « aux dépens de tous les intérêts de la conscience et du salut, aux dépens de leur âme », ces « approbateurs perpétuels » de tous les désordres du prince : un La Rochefoucauld, d'abord « seul contident des amours du roi, et qui, le manteau sur le nez comme lui, le suivait à distance lorsqu'il allait à ses premiers rendez-vous ^ »; un Villeroi, « galant de profession, parfaitement au fait des intrigues galantes de la cour et de la ville, dont il savait amuser le roi, qu'il connaissait à fond, et des faiblesses duquel il sut profiter ^ »; un Langlée, qui envoyait à madame de Montespan « cette robe d'or sur or rebrodée d'or », cet « ouvrage des fées, » dont madame de Sâvigné nous a laissé la vive et plaisante description '* ; un Dangeau qui^ pour ne pas demeurer en reste, se chargeait de peupler la ménagerie de Glagny, et « ramassait pour plus de deux mille écus des animaux les plus rares et les plus chers qu'il pût trouver » »? Ces combats de courtisanerie ne déplaisaient point; on les encourageait, on les récompensait. La politique de Louis XIV y trouvait son compte, non moins que son orgueil. Comme il n'avait rien plus à cœur que d'abaisser la noblesse, il la voyait avec plaisir se dégrader elle-même. Il voulait être le dieu dont tout dépend, et auquel tous doivent de l'encens. La flatterie était donc non seulement acceptée, mais provoquée et imposée. Madame nous apprend que « défense expresse était faite aux imprimeurs de publier aucun livre dans lequel ne se trouverait pas l'éloge du roi ^ ». Les princes du sang donnaient l'exemple : le grand Gondé, poussant

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