‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 230 sur 323 · ESPRIT D'ORGUEIL ET DE HAUTEUR · texte numérisé non relu

ESPRIT D'ORGUEIL ET DE HAUTEUR

qui trouve à bon droit ces querelles « ridicules », dans sa lutte passionnée contre le parlement pour défendre les prérogatives de la pairie, quelle importance n'attachait-il pas à des rangs qui depuis tant d'années ne conféraient plus que l'ombre et non la réalité du pouvoir?

c 11 faut, disait Bourdaloue, que pour un droil souvent très frivole, souvent douteux, souvent chimérique , la paix soit troublée, l'union et la concorde ruinées, l'innocence opprimée, la patience outrée ; que le dépit et la haine s'emparent des cœurs, et qu'un fantôme mette parlout le désordre et la confusion ^ I

L'esprit de hauteur et d'autorité jalouse était encore exagéré par les parvenus, imitateurs affectés de tous les défauts des grands. Les parvenus étaient nombreux dans l'entourage d'un roi qui, soit calcul de politique, soit instinct naturel du pouvoir absolu, préférait appeler aux affaires et placer dans ses conseils des hommes d'une naissance médiocre, créatures de sa toute-puissance. Leur excès d'arrogance, dont un grand seigneur comme Saint- Simon n'était pas moins humilié qu'un roturier comme La Bruyère, n'échappe pas à l'observation de Bourdaloue.

i Ce qu'il y a de plus étrange, c'est que les plus impérieux, ce sont communément ceux à qui cet empire qu'ils affectent doit moins convenir. Des gens qui de leur fonds ne sont rien, des gens sortis de robscurilé et du néant, mais devenus grands par machines el par ressorts, ce sont là ceux qui parlent avec plus d'osîentation, qui agissent avec plus d'autorité, et qui, pour relever leur fausse grandeur, se font une gloire d'abaisser même et de dominer les vrais grands -. i

Ce mélange d'intrigue, de servilité et d'orgueil dont la cour offrait constamment le spectacle, quels effets pouvait-

t. Carôme. Mercredi de la 2« iomainc, sur rAt?îbit ion, 2° partie, t. II. p. 382.

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