‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 236 sur 323 · Madame de Sévigné, Lettre du 29 juillet · texte numérisé non relu

Madame de Sévigné, Lettre du 29 juillet

tionset beaucoup d'argent répandu * », quoiffu'ii eût cru devoir l'écrire à Colbert, la prédiction de madame de Sévigné s'accomplit : Penautiersetira de ce « mauvais pas »; mais il ne fut point si facilement absous par l'opinion générale, et l'on en lit force chansons. Déjà, en 1655, Gui Patin racontant dans une de ses lettres qu'on avait pendu une femme pour avoir exposé de la fausse monnaie, et que celui qui la faisait avait trouvé grâce, disait plaisamment : (( Il y a apparence que c'est qu'il avait de bonne monnaie, outre la fausse (ju'il faisait^. » En vain plusieurs chanceliers du règne voulurent remédier à cette corruption de la magistrature : leurs efforts révélaient le mal, sans le guérir. « Point de finesses, messieurs, point de friponneries, )) disait le chancelier Le ïellier, nouvellcmententré en fonctions, aux secrétaires du roi qui venaient lecomplimenter; et madame de Sévigné ajoute : « Cette réponse donne de grandes espérances de lexacte justice ; cela fait plaisir aux gens de bien 3. » On voit assez que c'était pour les gens de bien un {< plaisir » assez nouveau. Encore ces espérances furent-elles trompées. Vingt-cinq ans plus tard, le chancelier Pontchartrain, honnête homme aussi, constatait « la décadence de la magistrature, qui perdait le respect d'elle-même ^ ». Mais il ne réussit pas mieux que ses prédécesseurs à arrêter cette décadence, tant la bonne volonté des hommes est impuissante contre des vices autorisés par les institutions et entrés dans les mœurs ^!

Si l'intégrité manquait souvent aux juges, serons-nous surpris qu'elle n'ait pas été l'apanage des hommes de finance? L'inflexible rigueur de Co'bert avait puni bien des malversations passées, et frappé d'un coup terrible, dans

1. Lettre de Louis XIV à Colbert. OEuv. de Louis XIV, t. V, p. 52i. Voy. P. Clément, Madame de Montespnn, c. iv.

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