Menagiana, t. II, p
qui devait rester jusqu'à la fin une de ses plus vives admirations.
Ce début si brillant de Bourdaloue inquiéta les jansénistes. Ils sentirent d'instinct que leurs adversaires venaient de trouver un puissant renfort. Leurs craintes devaient être dépassées. Bourdaloue fut à lui seul bien plus qu'un renfort : il fut une revanche, la revanche des Provinciales.
Les premières prédications de Bourdaloue à Paris correspondent à une date importante dans l'histoire religieuse du dix-septième siècle. A la fin de 1669, la Paix de l'Église, sourdement violée de part et d'autre, presque aussitôt que conclue*, allait l'aire place à des hostilités ouvertes. Mais, tandis que jusqu'alors et sur tous les points l'avantage de la lutte avait été pour les jansénistes, dans la seconde période de cette longue guerre, les jésuites vont reconquérir une partie du terrain pi^rdu. Leurs prédicateurs rempliront avec éclat les principales chaires de Paris. On verra tour à tour Bourdaloue et le P. Gaillard enlever les suffrages de la cour. La Société de Jésus trouvera aussi parmi ses membres des écrivains habiles qui lui avaient manqua dans la confusion de la première surprise, et qui, sans valoir Pascal, sauront du moins lui faire de tardives, mais solides réponses. A l'époque même où Bourdaloue se faisait entendre dans l'église de la Maison professe, le P. Bouhours publiait en faveur de la Société sa Lettre à un seigneur de la cour. Boileau jugea que les jésuites venaient de reprendre une offensive victorieuse, et, selon le P. Rapin, (( dit dans le cabinet du premier président de Lamoignon ce joli mot qui plut si fort à ce magistrat de bon goût : que les jésuites avaient défait les jansénistes en bataille rangée, le P. Bourdaloue par la prédication, et le P. Bouhours par la plume * ».
En 1670, Bourdaloue fut encore chargé de la station
l. Co « joli mot » plaît si fort au P. Rapin lui-même, qu'il le répète deux fois dans ses Mémoires, à quelques pages de distance. Mémoires du P. Rnpin, publiés pour la première fois d'après le manuscril autographe par Léon Aubineau, t. III, p. 4H et 501.
BIOURAPHIE 13
(iu;iflrngésimalc aux jésuites de la r;ic Saint-Antoine. Madame de Sévigné y entendit son sermon sur la Passion, en compagnie de M. de Grignan i.
Cette même année le vit débuter à la cour. Il prêcha l'Avent, et, selon Tcxprcssion de madame de Sévigné, s'en acquitta « divinement bien ». — « Nous nous trompions, ajoutc-t-ellc, dans la pensée qu'il ne jouerait bien que dans son tripot 2. » Il étonna tout d'abord par hrsolidité de sa doctrine, par la force de ses raisonnements, par la libre hardiesse de son langage.
Bourdaloue continua les années suivantes cette longue carrière apostolique qui ne devait se terminer <[u'après la lin du siècle, prêchant les Avents et les Cai'êmes tour à tour devant le roi et dans les principales paroisses de Paris, tantôt faisant « trembler les courtisans 3 » dans les chapelles de Saint-Germain, de Versailles ou des Tuileries, tantôt attirant aux églises où retentissait sa parole un si grand concours, que les carrosses y venaient plusieurs heures d'avance , et que le commerce était interrompu dans les rues avoisinantes *.
Une année, en 1G83, ce fut lui qui prêcha le Carême à Saint-Paul, alors paroisse de madame de Sévigné. Fort exacte au sermon, comme on l'était d'ordinaire en ce temps, madame de Sévigné n'eut garde de se relâcher cette année-là de son assiduité. Quoiqu'elle mêlât quelquefois « sa criticpie aux admirations publiques » du P. Bourdaloue, elle s'en disait « enlôtée ». — ■ « Si nous n'avons pas bien fait nos Pà(iues, ce n'est vraiment pas sa faute, écrivait-elle après la clôture de cette station. Jamais il n'a si bien prêché que cette année, jamais son zèle n'a éclaté d'une manière si triomphante ^. »
Le zèle ! on ne saurait en effet le concevoir ni plus ardent ni plus pur. Loin de se réserver exclusivement pour