‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 241 sur 323 · CUPIDITÉ ET PAUVRETÉ DES NOBLES · texte numérisé non relu

CUPIDITÉ ET PAUVRETÉ DES NOBLES

dépouilles. Dangeau écrivait sans scrupule et sans surprise cette phrase singulière : « Aujourd'hui le roi a donné à madame la dai:pl)ine un homme qui s'est tué lui même ; elle espère en tirer beaucoup d'argent *. » Ne peut-on point appli(|uer à de semblables exploitations ces paroles de Bourdaluue, lorscpie, citant le mot de Sénèque : Multi fiirlo non erubescunt, il disait:

f Comme il y a des larcins qui n'osent se produire et qui donnent de la confusion, aussi y en a-t-il dont les hommes ne rougistenl point, qui se comn:ettent dans les conditions les plus éclatantes,... et qui insultent en quelque façon aux larmes des misérables *. i

« Un des grands avantages de la noblesse, ditéloqueraraent Joseph de Maistre, c'est qu'il y ait dans l'État quelque chose de plus précieux que l'or. » Cet avantage, la noblesse du dix-septième siècle, loin de s'en montrer la gardienne jalouse, était la première aie mépriser : sa conduite donnait très souvent à croire qu'à ses yeux même, l'or était plus précieux que tout.

Ce n'était pourtant pas la seule avarice qui entraînait les nobles à poursuivre ainsi les profits les plus suspects et les plus immoraux : c'est aussi, il faut en convenir, la gêne oîi se trouvaient la plupart d'entre eux. Ils ne pouvaient le plus souvent subvenir à leurs dépenses. Un honnête homme comme Pomponne, en sortant du ministère, devait trente mille livres de rente 3. Bourdaloue, prêchant

Page 1