Madame de Sévigné, lettre du 22 novembre
à ses auditeurs la vraie pénitence, qui consiste surtout à retrancher la cause du péché, prenait cet exemple :
« Vous êtes un homme du monde, un homme distingué par votre naissance, mais dont les affaires, ce qui n'est aujourd'hui que trop commun, sont dans la confusion et dans le désordre... Or, dans cet état, ce qui vous porte à mille péchés, c'est une dépense qui excède vos forces, et que vous ne soutenez que parce que vous ne voulez pas vous régler, et par une fausse gloire que vous vous faites de ne pas déchoir... Retranchez celte dépense;... ayant peu, passez-vous de peu. Ne vous mesurez pas par ce que vous êtes, maii par ce que vous pouvez. Otez-moi ce luxe d'habits, cette superfluité de train, celte vanité d'équipage, celle curiosité de meubles ^:.. i
Bourdaloue avait raison. C'était le luxe excessif qui obérait la plupart des fortunes. Mais ce luxe était nécessaire et commandé. On ne pouvait y renoncer sans quitter la cour, ni quitter la cour sans déplaire au roi. En attirant les nobles près de sa personne, en leur imposant un train de vie ruineux, Louis XIV les appauvrissait par système. Tous étaient contraints d'implorer sa munificence, de solliciter des pensions et des largesses : il les tenait enchaînés par les liens d'une mendicité somptueuse. La magnificence des fêtes données par le roi ou pour le roi entretenait le faste. Celles de Chantilly ne le cédaient en rien à celles de Vaux, (c Jamais il ne s'est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs, écrit madame de Sévigné ; rien ne coûte : on reçoit toutes les imaginations sans regarder à l'argent. On croit que M. le Prince n'en sera pas quitte pour quarante mille écus... Il y aura pour mille écus de jonquilles; jugez à proportion 2. » La magnificence des habits n'était pas moindre. Elle plaisait au roi chez les femmes et même chez les hommes. Lui-même, sauf dans les derniers temps de sa vie, en donnait l'exemple.
1. Second Avent. 4« dimanche, sur la Pénitence, ^" partie, t. I, p. 342-343.