LUXE EXCESSIF
Les jours de cérémonie, il portait « le cordon bleu pardessus, fort long, avec pour huit ou dix raillions de pierreries ^ ». Les courtisans n'avaient garde de ne se point conformer au goût du prince, et, la vanité aidant, c'était une émulation de recherche et de dépenses prodigieuses. A l'époque où fut célébré le mariage du duc de Bourgogne. « le roi s'était expliqué qu'il serait bien aise que la cour y fût magnifique... C'en fut assez pour qu'il ne fût plus question de consulter sa bourse ni presque son état, pour tout ce qui n'était ni ecclésiastique ni de robe. Ce fut à qui se surpasserait en richesse et en invention. L'or et l'argent suftirent à peine. Les boutiques des marchands se vidèrent en très peu de jours : en un mot, le luxe le plus eflréné domina la cour ei la ville, car la fête eut une grande foule de spectateurs. Les choses allèrent à un point que le roi se repentit d'y avoir donné lieu, et dit qu'il ne comprenait pas comment il y avait des maris assez fous pour se laisser ruiner par les habits de leurs femmes; il pouvait ajouter et par les leurs; mais la bride était lâchée^ il n'était plus temps d'y remédier, et au fond, je ne sais si le roi en eût été fort aise, car il se plut fort pendant les fêtes à considérer les habits. On vit aisément combien cette profusion de matières et cette recherche d'industrie lui plaisaient, avec quelle satisfaction il loua les plus superbes et les mieux entendus, et que le petit mot lâché de politique, il n'en parla plus, et fut ravi qu'il n'eût pas pris... Il aimait passionnément toute sorte de somptuosité à sa cour, et surtout aux occasions marquées, et qui s'y serait tenu à ce qu'il avait dit lui eût très mal fait sa cour : il n'y avait donc pas moyen d'élre sage parmi tant de folie. Il fallut plusieurs habits; entre madame de Saint-Simon et moi, il nous en coûta vingt raille livres 2.» Ces détails que nous fournit Saint-Simon nous apprennent tout ensemble pourquoi le pratique Bourdaloue combattait souvent l'excès du luxe et de la dépense, et pourquoi ces conseils si sages ne furent point écoutés.