‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 247 sur 323 · LE JEU AU XVII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE JEU AU XVII» SIÈCLE

ni supporter personne, dès qu'une partie de jeu vient à lui manquer; qui n'a d'autre entretien que de son jeu; qui, du matin au soir, n'a dans l'idée que son jeu ; qui, n'ayant pas, à l'entendre parler, assez de force pour soutenir quelques moments de réflexion sur les vérités du salut, trouve néanmoins assez de santé pour passer des nuits dès qu'il s'agit de son jeu * » : ce tableau n'avait rien d'outré. N'était-ce pas l'image fidèle de la maréchale de Glérembault, par exemple, qui, d'après Saint-Simon, n'interrompait son jeu « que le temps des dcux repas, et trouvait mauvais encore qu'on la quittât à deux heures après minuit... Qui l'eût cru, on eût fait ses repas sans quitter les cartes ^ ». Cette manie suivait les gentilshommes jusque dans les camps; les gouverneurs et les lieutenants-généraux, dans les provinces 3, l'autorisaient par leur exemple : tout le monde se livrait au démon du jeu par goût, par mode, par avarice ou par vanité. Si, dans sa comédie du Joueur, Regnard s'est élevé au-dessus de lui-même, c'est qu'il y fait la peinture d'un des travers les plus répandus et les plus saillants de ses contemporains; c'est qu'il est soutenu par le spectacle de la réalité, sans doute même, on peut le croire, par les souvenirs personnels de sa propre expérience.

Mais le jeu, selon Bourdaloue, est « un abîme qui attire un autre abîme, ou même cent autres abîmes » :

Car de là viennent ces innombrables péchés qui en sont les suiîes;... de là le pernicieux exemple que vous donnez à vos enfants;... de là ces triclieries indignes et, s'il m'est permis d'user d'un terme plus fort, ces friponneries que cause l'avidité du gain ^... »

On voudrait croire, ici surtout, que le prédicateur assombrit le tableau. Mais Saint-Simon, madame de Sévigné,

1. Sur les Divertissements du monde, 2« partie, t. V, p. 327-328.

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