DETTES NON PAYÉES «W
Grignan eût entendu ce Père ; il ne croit pas qu'on puisse sans péché donner à ses plaisirs quand on a des créanciers : les dépenses lui paraissent des vols qui nous ôtent le moyen de faire justice. Vraiment, c'est un homme bien salé ; il ne fait aucune composition *. » Bourdaloue n'avait garde de négliger un devoir si méconnu, et dans son sermon sur la Restitution, il ne se montre pas moins « salé » que le P. Morel. Il y remarque que « l'un des obstacles à la conversion les plus invincibles... est cette difficulté de rendre au prochain ce qui lui est dû ». Sur ce point, les confesseurs rencontrent presque toujours l'indocilité et le mauvais vouloir.
€ Jusque-là les pénitents écoulent le prêlre comme le lieutenant de Dieu, ils se soumettent à lui comme à leur juge, ils lui obéissent comme au pasieur et au médecin de leur âme : quoi qu'il exige d'eux et qu'il leur ordonne, tout leur semble aisé. Mais vient-il à leur prescrire une'restitution, dès là ils le prennent lui-même à partie, et, dans le désespoir de le gagner, ils en cherchent un autre plus traitable, un autre moins embarrassant, un autre qui les trompe et qui se damne avec eux. Vous diriez que le ministre de Jésus-Christ devient en un moment leur ennemi, parce qu'il s'arme d'un zèle d'équité pour l'intérêt du prochain -. »
C'est ainsi « qu'il faut faire violence aux riches et aux grands du monde pour arracher d'eux un paiement dont ils conviennent les premiers qu'ils ne peuvent se défendre 3 ».
Mais dans l'ordre divin, selon la doctrine de Bourdaloue que nous avons exposée, les créanciers des riches, ce sont tous les pauvres, et c'est aussi la cause des pauvres qu'il plaide, quand il s'élève avec persistance contre les excès du jeu, du luxe et de la prodigalité. Gomme La Bruyère parlant avec une pitié élotiuente et vengeresse « des mi-