Ibid., p
sères qui saisissent le cœur ^ », comme Fénelon écrivant à Louis XIV : « La France n'est plus (ju'un grand hôpital désolé et sans provisions », Bourdaloue a vu tout ce (jui se cachait d'indigence et de détresse sous l'apparente splendeur de la société du dix septième siècle. Peut-être avaitil quelquefois, en revenant de Saint-Germain, rencontré ces « charrettes pleines de morts », qu'on ramenait toutes les nuits des travaux de Versailles, malgré les précautions irises pour cacher « cette triste marclie ^ ». Sa charité l'avait lui-même conduit plus d'une fois chez les familles indigentes, et il pouvait rendre compte à ses auditeurs du lamentable spectacle qui s'y était offert à ses yeux.
« Que serait-ce, s'éciiait-il, si je pouvais, outie ce que vous voyez, vous découviir tant de calaniilés isecrèles (jui vous sont cacliées? Que seiait-ce si tant de naïades sans assistance, si tant de prisonniers sans tonsolalion, si tant de t.imilles oljérées, ruinées, sans ressouice et tombées dans la dernière mendicité, dont elles rebsenteut toutes les suites, et quelles suites! si, dis-je, tous cl tout à coup ils venaient s'offiir à votre vue, et vous tracer l'aiTreuse peinture des maux dont ils sont accablés?... Ces niallieuieux réduits aux dernièies rigueurs de la pauvreté, et (pi'on ne soulage pas parce (pi'ou ne les coiinaît pas et qu'on ne les veut pas connaïlre, si l'on savait l'exlrémité de leurs besoins, on aurait pour eux, malgré soi, sinon de la charité, au n.oins de l'humanité. A la vue de leurs misèies, on rougirait de ses excès, on se repiocher^it tes folies dépenses, et l'on s'en ferait avec raison des crimes devant Dieu. Mais parce qu'on ignore ce que souffrent ce>i membres de Jésus ClMist, parce qu'on ne veut pàs s'en inslj uiie, parce (|u'on craint d'en entendic jjarler, parce qu'on les éloigne de s.i présence, on croit en être quitte eu les oub!i..nl ; et quelque exirêmts que soient leurs maux, ou y devient insensible... Combien de pauvres abandonnés dans les provinces! combien de désolés d^ns les prisons! combien de languissants dans les hôpitaux! combien de honteux dans les familles particulières ^! »