Madame do Sévigné, loltro à Bussy, du 12 octobre
3. Doiniuicalos. 8" dim. ap. la Pentecôte, sur l'Aumône, l'« partie. — 2« Avent. l"dim., sur L' JuijeiaenL dernier, 2« partie. T. VI, p. 242, et t. I, p. 2ti.H.
MISKRK DU PEUPLE 409
Ces misères, dii toat temps si nombreuses, se multiplièrent, on le pensf, avec les guerres sans cesse renouvelées et toujours plus longues, avec les revers de nos armes, avec le désordre des finances, avec les stériles profusions que le goût du roi pour les bàtimenis rendait nécessaires, avec les hivers rigoureux et les disettes dont la périodicité fatale, pendant la seconde moitié du règne, acheva de désoler la France. Et cependant le laete n'était pas moindre. Bourdaloue sentait tout l'odieux de ce contraste, et l'élonueute s.nérité de ses reproches trahissait la douleur et Tindignatiou de son àme.
« On n'enlend parler que de calamités et de misères; il semble que le ciel irrllô ait fait descendre tous ses fléaux sur la lene jjour la désoler; chacuu tient le même langage, et ce ne sont partout que plaintes et (jue lamentations... Tout le monde souffre et est incommodé, j'en conviens ; mais après tout, si j'en juge;.is par les apparences , peut-être aurais-jc peine à en convenir, car jamais le faste, jamais le luxe fut-il plus grand qu'il Test aujourd'hui? et (|ui sait si ce Ji'esl point par cela que Dieu nous cliâ;ie, Dieu, dis-je, qui, selon l'Ecriture, a en horreur le pauvre superbe?... Les temps sont mauvais; et que concluez- vous de là? Si tout le monde souffre, les pauvres ne souiïrent-ils point; et si les souffrances des pauvres se trouvent jusque chez les riches, à quoi doivent être léduits les pauvres mêmes? Or, à qui est-ce d'assister ceux qui souffrent plus, si ce n'est pas à ceux qui souffrent moins? Est-ce donc bien raisonner de diie (jue vous avez droit de retenir votre superflu, parce que les temps sont mauvais, puisque c'est justement pour cela même (pie vous ne le pouvez retenir sans crime, et que vous êtes d.ins une obligation particulière de le donner?... En vêrilé, mes chers audiieurs, n'est-ce pas insulter à l'infortune publi([ue, n'est-ce pas faire outnige à la religion que vous professez, n'est-ce pas allumer tout de nouveau la colère du ciel ^ ? »
Un autre contraste qui ne blesse pas moins dos regards dans l'ancienne société, c'est celui de l'oisiveté des nobles
1. Sur Ut THverli.fxemsntx du moud:, t partie, et Carême, 1" veudredi, 1" parlie, t, IL p. 129-130.
et des grands avec la vie laborieuse des autres classes de la nation. Par un préjugé qui devait lui être funeste, la noblesse considérait toute profession comme indigne d'elle : une seule était exceptée, la profession des armes, et celle-là même, trop souvent conciliable, surtout à cette époque, avec l'absence de tout travail véritable, agitait la vie plus qu'elle ne l'occupait; les gentilshommes ne faisaient guère que passer de l'oisiveté des salons à l'oisiveté des camps. Bourdaloue, uniquement préoccupé de redresser les erreurs et les abus contraires au règne du christianisme, rencontre ce préjugé des nobles et l'attaque de front. Dans son sermon sur l'Oisiveté, il pose nettement la question en ces termes :
« Il s'agit de savoir si, lorsque Dieu prononça cette malédiclion contre le premier homme, In sudore vultus lui vefxeris pane : Tu ne vivras désormais que du fruit de tes peines ; si, dis-je, par ces paroles, Dieu prélendit faire une loi générale qui comprît toute la postérité d'Adam, ou s'il en excepta certaines conditions et certains états du monde; s'il usa de grâce envers les uns, pendant qu'il procédait rigoureuseraont contre les autres; s'il destina les grands et les riches à la douceur du repos, et les pauvres à la misère et à la servitude; s'il dit à ceux-ci: vous arroserez la terre de vos sueurs, et à ceux-là : vous n'en goûterez que les délices ^ »
La réponse n'est pas douteuse ; Bourdaloue la trouve dans les textes les plus péremptoires de l'Écriture. Mais ce n'est pas assez : plus loin, Bourdaloue revient encore et avec plus de précision sur cette objection tirée de la condition et de la naissance :
i Mais je suis d'une qualité et dans une élévation oiî le travail ne me convient pas. Quelle conséquence! Parce que vous êtes grand selon le monde, en êtes-vous moins pécheur, et l'éclat de votre dignité efface-t-il la tache de votre origine ^ ? »
1. Dominicales. Dim. de la Septuagêsime, «wr/'Omye/é, Impartie, t. V, p. 19o.