‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 268 sur 323 · LE SERMON SUR L'IMPURETÉ · texte numérisé non relu

LE SERMON SUR L'IMPURETÉ

par l'esprit de débauche : si vous traversez ses desseins, il n'y aura rien qu'elle n'entreprenne contre vous ; les liens les plus sacrés de la nature ne l'arrêteront pas ; elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle vous immolera. C'est par l'homicide, poursuivait Tertullien, que le concubinage se soutient, que l'adultère se délivre de l'importunité d'un rival, que l'incontinence du sexe étouffe sa honte, en étouffant le fruit de son péché ^. »

L'empoisonnement devenu commun, quelle parole! Ouoil Bourdaloue n'a-t-il pas généralisé outre mesure? Quel que fût le nombre des forfaits qui se jugeaient à l'Arsenal, n'étaient-ils point, après tout, de rares et monstrueuses exceptions, comme il s'en rencontre à toutes les époques ? Que la société tout entière fîit à l'image de la Brinvilliers et de la Voisin, c'est assurément ce qu'on ne saurait supposer. Mais, sans parti pris, consultons l'histoire. Si l'on excepte les scélératesses des Borgia en Italie, au quinzième siècle, avait-on jamais vu, dans aucun temps et dans aucun pays, depuis le siècle des Tibère, des Néron et des Locuste, la mort de presque tous les grands personnages donner lieu à des soupçons d'empoisonnenement? Le doute tant de fois exprimé par Tacite, mcer^ww valetudine an veneno, se renouvelle au dix-septième siècle pour la duchesse d'Orléans, Henriette d'Angleterre, pour mademoiselle de Fontanges, pour Louvois, pour Fouquet, pour le duc de Bourgogne, pour la duchesse sa femme ; pour le duc de Berry, son frère, pour ses deux jeunes fils, dont le plus jeune seul se rétablit à grand'peine et devint Louis XV. Sans doute, nous aimons à le croire, beaucoup de ces soupçons n'avaient d'autre fondement que l'insuffisance des connaissances médicales et la crédulité avide des imaginations frappées. Mais qu'ils aient trouvé partout si prompte et si facile créance, c'est déjà un fait grave, et ce fait suffit à expliquer la parole de Bourdaloue qu'on vient de lire, parole si affirmative et si formelle. Le prédicateur ne faisait qu'exprimer ce que tout le monde

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