IRRÉVÉRENCES DANS LES ÉGLISES
« Encore, dit Bourdaloue, si l'on ne déshonorait le plus saint dos mystères que par de simples dissipations et de simples immodesties ; mais, juscpie dans le sanctuaire, à quelles abominations n'en vient-on pas ! quels discours y tient-on ! quels sentiments y conçoit-on ! quelles scènes y donne-t-on ! quels scandales y cause- t-on ! Les hommages qu'on devrait lui rendre, on les rend à une idole mortelle ; l'encens qu'on devrait lui oiïrir comme au vrai Dieu, on l'offre à une fausse divinilé '. »
Car le temple du Très-Haut est devenu « un terme d'assignation et de rendez-vous 2... », — « Pour quelques âmes pieuses qui cherclient à s'instruire dans une prédication, cent autres s'y trouvent parce qu'ils y doivent rencontrer tels ou telles, et que c'est là, à certains jours et à certains temps, comme le rendez-vous public ^. » 11 en est de même de « certaines messes, qui sont comme les rjndez-vous d'un certain monde * ».
t Qui le croirait, mes frères, si tant d'épreuves ne nous l'avaient pas appris et ne nous l'apprenaient pas encore, qu'un chrétien voulût faire du temple même un lieu de plaisir et du plus infâme plaisir ; qu'il regardât le sacrifice comme une occasion favorable à son impudicité ; qu'il n'y vînt que pour y trouver l'objet de sa passion, que pour l'y voir et pour en être vu, que pour lui rendre des assiduités, que pour lui marquer par de criminelles complaisances son attachement, que pour se livrer aux plus sales désirs d'un cœur corrompu !... Il est quelquefois aussi dangereux, pour une femme chrétienne, ou plutôt pour une femme mondaine, de paraître au sacrifice que dans les cercles et les assemblées du monde ; autrefois on consacrait les maisons des chrétiens pour en faire des temples à Dieu,
réponse de Bussy, du 28 avili suivant. Correspondance de Roger de Rabutin, t. IV, p. 97 et 99.
1. Exhortation sur le Reniement de saint Pierre, 1" partie, t. N 111, p. 303-304. . ^ ....
2. Second Avent. 2« dim., sur le Respect humain, 2» partie, t. 1,
^'3" Dominicales. Dira, de la Sexagésime, sur la Parole de Dieu, 1"= partie, t. V, p. 234-235. . x iv «nn
4. Instruction pour l Octave du Saint-Sacrement, t. lA, p. "ZW.
mais dans la suite les temples de Dieu sont devenus des maisons d'intrigues et de commerces... Ce qui me fait géinir, c'est que la calomnie suscitée du temps de Tertullien contre les tidèles, savoir que les plus honteux engagements se formaient et s'entretenaient à la faveur des autels, interaras lenocinia tractari ; que ce reproche, dis-je, qui fut dans ces premiers siècles «ne imposture, ne soit dans le nôtre qu'une trop juste accusation ^. »
On voit avec quelle énergie et quelle insistance Boiirdaloue s'élève contre ces profanations. Nous ne pouvons tout citer. Il est pourtant un passage encore où le prédicateur a rassemblé dans une peinture complète et précise toutes ces « irrévérences criminelles et naême abominables 2 )). Ne retranchons presque aucun trait de ce tableau pris sur le vif.
« Là (à l'église), quels sujets occupent l'esprit, et de quelles idées, de quelles imaginations se repaît-il ? Pensées frivoles, pensées vagues et sans arrêt, égarements continuels, mille réflexions confuses, mille raisonnements, ou plutôt mille rêveries. Là, quels sentiments forme le cœur? souvent les plus vains, les plus mondains et même les plus corrompus et les plus sensuels... Là, quelle est la matière des entretiens? On laisse les ministres de l'Eglise s'acquitter de leurs fonctions ; on les laisse parler à Dieu, chanter les louanges de Dieu, célébrer les offices divins, consacrer le corps de Jésus-Christ, Toflrir en sacrifice soit pour eux-mêmes, soit pour tous les assistants : mais ces mêmes assistants, que font-ils ? Us lient ensemble d'oisives conversations, tiennent même les discours les plus dissolus, s'attroupent quelquefois comme dans un cercle, et mêlent leurs voix à celles des prêtres, non pour prier, mais pour se réjouir €t pour plaisanter. Là, de quelle manière agit-on, et comment se comporte-t-on ? Quelles contenances négligées et peu séantes ! quels mouvements de la tête pour observer tout ce qui se passe aulour de soi, et jamais ce qui se passe à l'autel et devant
1. Carême. Lundi de la 4" semaine, sur le Sacrifice de la messe, 1" partie, t. III, p. 25^-252.
2. Panégyriques. Sermon pour la fête de saint André, 2« partie, t. XII, p. 25.