Sainte-Beuve, Port-Royal, t. V
que, dès l'âge de dix ans, la résolution irrévocable de ses parents avait réservée au cloître. La sage et tendre grand'mère exprimait timidement dans ses lettres sa pitié pour ce qu'elle appelait avec beaucoup de ménagements « une vocation un peu équivoque ^ ». Mais quoi ! il fallait bien soulager la maison de Grignan. A seize ans, Marie- Blanche prenait le voile, et madame de Sévigné, les larmes aux yeux, écrivait à sa fille : « La pauvre enfant! qu'elle est heureuse, si elle est contente! Cela est sans doute ; mais vous m'entendez bien ^. » Il n'y avait guère de maison en France oîi « ces sacrifices d'Abraham » ne fussent fréquents. Les meilleurs pères et les plus chrétiens ne s'en faisaient pas scrupule. Le père du cardinal de Retz était excellent : son bon cœur et sa vertu ne l'empêchèrent pas d'attacher à l'Église « l'àme peut-être la moins ecclésiasti([ue qui fût dans l'univers. Sa prédilection pour son aîné, et la vue de l'archevêché de Paris qui était dans sa maison, produisirent cet effet ^ ». Si l'on veut savoir quels prêtres et quels prélats ces usages reçus donnaient à l'Église, on n'a qu'à poursuivre la lecture des Mémoires du cardinal.
Car l'épiscopat se recrutait sans discernement parmi ces ecclésiastiques dénués de vocation, et qui souvent même ne prenaient la prêtrise qu'en vue de la mitre. Ceux qui n'aspiraient qu'à des bénéfices simples se contentaient de la tonsure et du titre d'abbé.
« On s'engage, s'il est besoin, dans les ordres sacrés. Je dis s'il est besoin : car, hors du besoin, on n'aurait garde d"y penser; et vous entendez bien quel est ce besoin ^... Ilya dans l'état ecclésiastique des degrés où l'on ne peut monter sans le sacerdoce. C'est une condition absolument re([uise pour obtenir tel bénétice, et pour parvenir à telle dignité. H faut donc entrer dans les ordres sacrés, et l'on y entre. Pourquoi? Est-ce