‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 291 sur 323 · Saint-Siinon, t. IV, c. vu · texte numérisé non relu

Saint-Siinon, t. IV, c. vu

3. V. Histoire de J.-B Bossuet et de ses œuvres, par M. Réaumc, chanoine de l'ôglise de Meaux, 1869-1870, et le second article de M. Lenient : Études nouveltes sur Bossuet, Revue politique et littéraire, numéro du 13 juillet 1872.

ABUS DES BÉNÉFIGE:S 461

jets qui ne s'y sont ingérés que par la faveur, que par l'intrigue, que par les voies les plus sordides et les plus basses *. » Ainsi les procédés de l'ambition mondaine, formollement interdits par la discipline aux ecclésiastiques, leur étaient alors très familiers.

Ils n'ignoraient pas davantage l'avarice et la cupidité.

I Le sacerdoce aujourd'lmi, dit Bourdaloiie, se trouve comme abandonné à toutes les convoitises des hommes ^ : ... en 80 te qu'on peut bien présentement nous reprocher ce que reprochait Tertullien au:- païens, quand il leur disait qu'ils faisaient servir la majesté de leurs dieux à leurs intérêts : Apnd vos majesfns quœstunrin efficUur ; de là les simonies palliées et déguisées; les permutations, plus sordides encore que la simonie même ; les gralitlcalions et les récompenses , les tribuîs et les pensions sur des bénéfices sans les avoir jamais possédés ^. »

Tels étaient les abus que l'avidité d'une noblesse toujours dans la gêne * et l'autorité jalouse du roi avaient un égal intérêt à maintenir. Parmi les bénéfices entre lesquels se partageaient les immenses domaines de l'Église de France, un grand nombre relevaient uniquement de la faveur royale, et assuraient un gros revenu sans imposer aucune charge. Au moyen des commendes, et sous ces noms de tributs et de pensions qu'on vient de lire chez Bourdaloue, un bénéficier jouissait presque sans partage de tous les profits d'une abb:jye, renonçant avec peine à ce qui était strictement nécessaire pour l'entretien du monastère ou

1. Panégyriques. Sermon pour la fête de saint François de Sales^ 2" partie, t. XII. p 215.

2. Exiiortations. Sur la Dignité et les devoirs des prêtres, l" partie, t. VIII, p. 23i.

3. Second Aveut. 3" dimanche, sur la Sévérité évangélique, 1« partie, t. I, p. 316.

4. « J'ai lu, dit Lemontey (Essai sur l'Etablissement monarchique de Louis XIV, p. 26, note)', une énorme quantité de lettres et de placets écrits pour solliciter des bénéfices. Dans tous on faisait valoir la nécessité de rétablir une famille ruinée, ou de soutenir au service des frères et des neveux. Dans un très petit nombre on parlait de la vertu du candidat, et toujours comme d'une considéralion secondaire. »

du couvent. Les abbayes étaient ainsi devenues une ressource commode et toujours convoitée; « un partfige léonicn, y séparant le terrestre du spirituel, laissait le jeûne et la prière à la multitude des religieux, et dotait un abb;' de cour de leur immense patrimoine *. » On accuse communément l'historien auquel nous empruntons ces lignes d'avoir dénigré le règne de Louis XIV; il ne dit rien ici que Bourdaloue n'ait dit souvent avant lui.

« On sépare l'honneur d'avec la charge et le fardeau, et de deux choses essentiellement jointes ensemble, on prend celle qui flatte l'avarice, l'ambition, et l'on se dispense de celle qui engage à la réformation des mœurs et à leur sanctification. Désordre dont nous ne pouvons assez gémir et qui devient tous les jours plus commun dans le christianisme ^. »

« Grande moisson, et peu d'ouvriers, s'écriait encore le prédicateur, ou, si vous voulez, beaucoup d'ouvriers... pour remplir certaines places, pour posséder certaines dignités, pour en avoir l'honneur, les privilèges, les revenus, mais peu pour en porter la charge et le fardeau ^. i

Ces expédients ingénieux, contre lesquels Bourdaloue s'élevait avec tant de raison, permettaient encore un autre abus : le cumul des bénéfices. L'abbé de La Rochefoucauld, le petit fils du courtisan de Louis XIV, et « qui n'avait d'autre vocation que celle des cadets de cette maison », en possédait à lui seul pour soixante mille livres de rente. On usait de ces richesses, on en trafiquait comme de son bien propre. Bourdaloue ne cessait de protester contre ces simonies.

« Ceux qui, revêtus des bénéfices et des dignités de l'Église, voudraient employer le superflu des revenus ecclésiastiques à se faire une fortune et à se distinguer dans le monde, savent

Page 1