‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 292 sur 323 · CUPIDITÉ ET SIMONIES · texte numérisé non relu

CUPIDITÉ ET SIMONIES

mieux que moi quels anathèmes l'Église a fulminés contre ce désordre... Que si vous me demandiez à quoi leur serl donc celte mullipiicilé de bénéfices qu'ils recherchent avec tant d'ardeur, et qu'ils poursuivent avec tant d'empressement, puisqu'elle ne fait qu'augmenter le poids de leurs obligations, sans leur pouvoir être de nul avantage par rapport à ces fins humaines d'accroissement et d'élévation, c'est .sur quoi je n'aurais garde ici de m'élendre ^... »

c( Cet amour déréglé des biens temporels nous a appris ce secret, maintenant si connu, de trafiquer et de vendre jusque dans le sanctuaire, de faire négoce du patrimoine des pauvres et des bénéfices de l'Eglise,... d'eu compter les revenus parmi les choses dont on se croit maître , d'en recherclier la pluralité et de les multiplier autant qu'il est possible -... »

( Voilà, disait saint Bernard, ce qui fait aujourd'hui l'abomination de la désolation dans le temple de Dieu; ce désordre de la simonie dont Judas a été l'auteur, puisque ce fut le premier dans le christianisme qui sut vendre et nous apprit à vendre le spirituel et même le divin. De là tant d'abus dans les dignités et les bénéfices de l'Eglise, tant de permutations, de provisions, de résignations mercenaires, tant de pensions plutôt achetées qu'accordées... Qu'est-ce, chrétiens, dans le langage des Pères, que ces bénéfices? Le sang de Jésus-Christ; et ce sang de Jésus-Christ n'est-il pas tous les jours exposé, et si j'osais user de cette expression, mis à l'enchère par tant de profanateurs qui en font trafic:-' On ne s'en cache pas même : ce que la bienséance au moins obligerait à déguiser et à couvrir passe maintenant pour une propo.sition honnêîe : Quid vultis mihi dure? Qu'avez-vous à me donner en échange? de quoi pouvez-vous m'accommoder? que m'assurez-vous? Commerce I eut-étre encore plus outrageux au Sauveur du monde que celui de Judas, puisqu'entin Judas se repentit d'avoir ainsi vendu le sang de son maître, au lieu que ceux à qui je parle le font sans scrupule et avec la plus grande impunité ^. »

Bourdaloue montrait encore dans saint Etienne un modèle proposé par Dieu même à tous les dispensateurs des

1. Carême. 1" vendredi, sur V Aumône, 2« partie, t. II, p. 123-126.

2 Dominicales 22« diui. après la Pentecôte, sur la Restitution, 1« partie, t. VII, p. 280-281. , ^ ^.. .. .

3: Mystères. 3« seruion sur la Passion de Jésus-Chrtt, 1« partie, t. X, pi 179, 180.

4t5i LA PEINTURE MORALE

biens de l'Église, parce que « Dieu prévoyait qu'une des plaies les plus mortelles dont serait affligé le monde chrétien, dans la suite des siècles, était l'énorme abus qu'on y ferait des revenus ecclésiastiques », et reportant ses regards sur les désordres de son temps : « Que ne puis-je, s'écriaitil, voir des hommes du caractère de saint-Eùenne pourvus des bénéfices de l'Eglise ^ 1 »

11 ne faisait pas le panégyrique de saint Louis sans rappeler (( les règlements de ce sage roi sur le sujet des bénéfices, règlements contre lesquels ni le temps ni les coutumes ne prescriront jamais, règlements dont il voulut être le premier et le plus religieux observateur, s'étant mêmeôtéle pouvoir d'en dispenser, et, par un serment solennel, s'étant obligé à n'avoir jamais sur cela nulle acception de personne; règlements, si je les apportais, qui confondraient le relâchement de notre siècle, et peut-être même sa prétendue sévérité. Celui qui regarde la pluralité des titres, que saint Louis traitait de monstrueuse, ne suffirait-il pas pour nous humilier ^? »

L'esprit de simonie ne régnait pas seulement dans l'administration et dans l'emploi des bénéfices : il pénétrait jusque dans les détails du culte. Tout s'achetait et se vendait; tout était matière à profit. Un prédicateur, suivant La Bruyère, recevait le salaire d'un sermon, (( comme d'une pièce d'étofife 3. » Des prêtres « mercenaires », selon l'expression plusieurs fois répétée par Bourdaloue, considéraient souvent leur ministère comme une profession semblable à toutes les autres, comme un métier plus ou moins lucratif.

« Je n'ignore pas, disait le prédicateur, toujours pratique et mesuré, je n'ignore pas la maxime de saint Paul; elle est juste, elle est raisonnable : quiconque sert à l'autel doit vivre

1. Panégyriques. Sermon poiir la fêle de saint Etienne, l" partie, i XII, p. 98

2. Ibid. Sermon pour la fêle de saint Louis, l" partie, t. XIII p. 93.

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