‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 293 sur 323 · DÉRÈGLEMENTS DANS LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

DÉRÈGLEMENTS DANS LE CLERGÉ

de l'autel. Qu'un ministre du Seigneur, en faisant les fondions de son ministère, reçoive donc certaine réliibulion qui y est assignée, c'est ce que l'Église approuve, et ce que je ne saurais condamner sans une extrême témérité. Mais que dans des fonctions si e.xcellenles et si sacrées, ce ministre n'ait en vue que la rétribution qu'il en lire; qu'il ne s'y adonne que pour cette rétribution; qu'il en fasse comme un tratic, comme un commerce, et que, dés que cette rétribution viendrait à manquer ou à diminuer, il soit disposé à les né^^liger ou à s'en exempter : voilà ce que toute l'Église réprouve, et ce que je ne saurais trop hautement réprouver moi-même ^ i

Dominés par ces vues tout humaines, beaucoup n'apportaient à l'accomplissement des fonctions saintes ni piété, ni gravité, ni respect.

I Voilà le principe malheureux de tant de profanations du plus saint mystère. On le célèbre sans dévotion, sans onction, sans attention, souvent sans préparation, et sans la plus nécessaire préparation, qui est l'innocence du cœur;... on s'en acquitte avec une indévotion et une précipitation scandaleuses... Ou a ce que l'on prétendait, dés qu'on ne se retire pas les mains vides. Tout le reste n'était que comme l'acces-soire ; mais c'était là le capital -. .. »

ï Le ministère le plus sacré n'a pas toujours été exempt des plus sacrilèges profanations : il ne l'est pas encore. Le fils de Dieu nous avertit de nous garder des faux prophètes qui viennent à nous sous des toisons de brebis, et qui sont audedans d'eux-mêmes des loups ravissants. Daigne le Seigneur préserver son Église de ces indignes sacrificateurs qui, couverts des saints vêlements, montent à l'autel, y opèrent le divin mystère, le consomment dans leur sein, le dispensent de leurs mains, et cependant recèlent au fond de leur àme des mystères d'iniquité qu'ils tieiment ensevelis, autant qu'il leur est possible, en de profondes ténèbres, mais que Dieu voit, et que Jésus-Christ, juste vengeur de son sacrement, saura produire

1. Exhortations. Sur la Dignité et les devoirs des prêtres, 1" partie, t. VIII, p. 23:2.

2. Ibid. — Dominicates. 23« dim. après la Pentecôte, sur le Désir et le dégoût de la communion, 2« partie, t. VII, p. 3ii.

à la plus éclatante lumière dans le grand jour de la révélalion ^. »

Il ne cachait même pas (( ces mystères d'iniquité dans de profondes ténèbres », cet abbé de La Châtre, aumônier du roi, que Saint-Simon vit de ses yeux, un mercredi des Cendres, dire la messe au sortir du bal masqué où il avait passé la nuit, « faisant et disant les dernières ordures -. a

Si le sacrilège causait quelque scrupule, on renonçait à l'autel plutôt que de renoncer au monde et au désordre.

« On vit en laïque; et plût à Dieu qu'on vécût au moins en laïque pieux et chrétien! c'est le dernier souhait où nous réduisent tant de bénéficiers. Une courte messe où ils n'assistent qu'aux jours ordonnés, voilà souvent tout le fonds de leur piété et toute leur religion ^... »

« titre prêtre et n'en faire que rarement la plus noble fonction; être prêtre, et même, si vous voulez, grand prêtre, et ne paraître à l'autel qu'à certains jours de cérémonies, qu'en certaines occasions d'éclat, que lorsqu'on ne peut s'en dispenser, que quand on s'y trouve forcé par un respect humain et par un devoir de bienséance; être prêtre, et s'abstenir des choses saintes pour mener une vie toute profane, pour entretenir dans le monde de vains commerces, pour se dissiper dans les divertissements du siècle, ou plutôt mener une vie dissipée, profane, mondaine, jusqu'à être malheureusement obligé de s'abstenir des choses saintes; être prêtre, et se mettre par sa conduite hors d'état de célébrer les divins mystères, s'en rendre positivement indigne, et, au lieu de se reprocher cette indignité volontaire comme un crime et un sujet de confusion, s'autoriser par là dans l'éloignement de Dieu où l'on vit, et s'en faire un faux prétexte de piété ; être prêtre de la sorte, ah ! mes frères, s'écriait saint Chrysostome, est-il rien de plus opposé à la sainteté du sacerdoce, rien de plus injurieux à Jésus- Christ ^?... »

1. Essai d'Octave du Saint-Sacrement, 7" jour, sur la Communion indigne, 1" point, t. XV, p 418.

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