‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 297 sur 323 · ESPRIT D'ORGUEIL DANS LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

ESPRIT D'ORGUEIL DANS LE CLERGÉ

liberlés donl ils se flattent qu'on leur applaudit, et dont ils se font un faux mérite; mondains jusque dans leurs vêtements, et par où! par toute la propreté, par tout l'ajustement, par tout le luxe ({u'ils peuvent joindre à la sévérité évangélique. Ali ! Seigneur, sont-ce donc là ces ministres que vous avez spécialement consacrés? sont-ce là les dépositaires de votre puissance, et est-ce en de telles mains que vous avez prétendu livrer votre corps et votre sang '? i

Enfin, ce qui ramenait sans cesse le clergé aux préoccupations humaines, c 'étaient ses privilèges dans l'État. Il avait tous les avantages, mais aussi toutes les tentations et tous les défauts d'une caste favorisée. Les prêtres n'étaient pas moins orgueilleux que les nobles, ni les prélats moins chatouilleux sur leurs droits que les grands seigneurs. Aussi, à côté des prêtres intéressés, voluptueux, ou tout mondains. Bourdaloue n'a pas oublié le portrait des (( prêtres vains et présomptueux ».

< Jésus-Christ ne recommandait rien davantage à ses apôtres, qui furent les premiers prêtres de la loi nouvelle, que l'iinniilité. Saint Paul ne voulait pas qu'un ministre de l'Eglise cherchât à dominer d:ins l'Eglise même, beaucoup moins à dominer dans le monde. Mais depuis Jésus-Christ et depuis saint P.iul, cet esprit de domination a fait dans le sacerdoce des progrès qu'il n'est pas aisé d'arrêter. Parce qu'on est prêtre, ou est délicat et sensible sur le point d'honneur; et tel, dans la condition où il est né, eût conservé toute la modestie de son état, qui n'a commencé à la perdre que du moment qu'il s'est vu couvert d'un habit qui devait le rendre plus modeste encore et plus humble. Parce qu'on est prêtre, on s'arroge le droit... de l'emporter partout et sur tout. A l'exemple de ces pharisiens qui ne voulaient pas qu'on les approchât, on traite le reste des hommes de profanes, et l'on en exige des déférences que l'on s'attirerait bien mieux si l'on y était moins attentif et si l'on en paraissait moins jaloux 2... Tout l'empressement et

1. Exhortations. Sur la Dignité, etc., 1" pai-tie, t. VIII, p. 2.33- 23(j.

-2. Ibid.. p. 233-234.

tout le zèle des miiiislres de l'Eglise consiste à faire valoir leurs droits, à s'enfler de leur dignité ^.. Ils croient ne pouvoir soutenir !rur minislèie que par le faste du monde, que par Taffectation de la grandeur, que par la magnificence du train, que par l'éclat dune somptuosité superflue, que par les disputes éiernclles sur les préséances, sur les prérogatives,... en un mot, que par toutes les choses dont l'ambition des hommes s'entête et s'occupe ^... Les dignités ecclésiastiques n'en deviendraient que plus vénérables, et ne seraient en effet que plus respectées et plus vénérées, si la pauvreté de Jésus-Christ et la simplicité de l'Evangile en bannissaient l'abondance, le luxe et le faste ^. X

Fort éloigné de blâmer les prérogatives dont l'Église jouissait alors dans la société, Bourdaloue a pourtant senti, mérite rare à cette époque, que tout ce que le clergé gagnait en richesses et en éclat temporel, il le perdait en désintéressement, en vertu et en puissance morale.

Nous n'insisterons pas sur la partie de la prédication de Bourdaloue qui concerne le clergé régulier. Ce n'est pas qu'il se soit abstenu de le peindre, et de le peindre avec une grande vérité. Les abus, les illusions, les petites intrigues du couvent ne lui échappent pas plus que les grandes passions et les bruyants désordres du siècle. On trouverait par exemple dans VE.rhoriation sw V obéissance religieuse ou dans le chapitre des Pensées sur VEtat religieux toute une galerie d'esquisses parfaitement exactes et fines : la religieuse lente à obéir, qui « ne fait rien dans le temps précis », qui « diffère toujours », qui est « la dernière à tout » ; la religieuse capricieuse, « qui veut bien s'assujettir à telle et telle pratique, mais néglige cette autre, bonne, dit-elle, pour des commençants et pour des novices;... qui veut bien accepter tel ou tel emploi où elle n'est pas destinée, mais s'excuse de cet autre où l'obéis-

1. Mystères. Pour la pHe de la Pentecôte, 1" partie, t. X, p. 300.

2. Panégyriques. Sermon pour la fêle de saint Paul, t" partie, t. Xn, p. 3o6-3S7.

3. Ibid. Sermon pour la fête de saint François-Xavier , llfi partie, t. XII, p. 53.

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