‹ Bourdaloue, sa prédication et son temps [précédée d'une Notice sur Anatole FeugèreChapitre 298 sur 323 · CLERGÉ RÉGULIER · texte numérisé non relu

CLERGÉ RÉGULIER

sance la destine; .. qui ne cesso d'aller et venir, de porter ses remontrances à la supérieure », qu'elle oblige enfin «de se rendre et de cédera l'importunité de ces longues et ennuyeuses représentations... »; la religieuse raisonneuse, (lui, «de son autorité privé;!, se faitarbitredetout,ne croit pas qu'il y ait rien de bien à moins qu'elle n'y ait eu part, et que ce ne soit par son conseil qu'on l'ait entrepris » ; la religieuse acariâtre et violente; « il y a quelquefois de ces espritshauts et obstinés, sujets aux éclats dans une communauté, et devenus redoutables, si je l'ose dire, aux supérieures qui, par sagesse, les épargnent, et s'accommodent, pour ne les pas choquer, à toutes leurs idées; ils sont disposés à obéir, ou ils se vantent de l'être; mais à cette condition, qu'on ne leur imposera pas d'autre loi que celle qu'ils auront eux-mêmes dictée »; enfin la religieuse politique et secrètement ambitieuse; car « l'envie de dominer... s'entretient et se nourrit jusque dans lobscurité de la retraite, et comme dans le sein de l'humilité. On veut être quelque chose, quoiqu'en se séparant du monde on ait déclaré qu'on ne prétendait plus à rien... Il est rare qu'on s'y porte ouvertement, et qu'on témoigne sur cela son désir. Au contraire, on a bien soin de le cacher, et l'on aifecte en toutes ses paroles et toutes ses manières de marquer là-dessus une indifférence parfaite et même une espèce d'éloignemen!. Rien déplus modeste que les expressions dont ou se sert en parlant de soi-même, et reconnaissant son peu de suffisance et son indignité; mais ce sont des discours, et avec ces beaux discours, le désir qu'on a dans le cœur, tout caché qu'il est, n'en est pas moins vif. On le dissimule; mais il agit et fait agir. On prépare de loin les esprits, le parti se forme, l'une attire l'autre. Cependant une élection approche, et c'est alors (ju'il faut redoubler ses attentions, et se montrer plus affable et plus officieuse que jamais envers tout le monde, et surtout envers les amies. Enfin le jour arrive où la communauté s'assemble et où il est question de décider. Les voix se recueillent, la pluralité l'emporte, la supérieure est élue, bien contente de sa destinée, et peut-être

encore voulant se persuader que c'est Dieu qui l'a choisie, et qu'elle n'y a contribué en aucune sorte *. » On verrait encore dans les Exhortaiioiis et dans les Pensées quelssont les défauts les plus familiers dans les monastères et dans les couvents, et les difficultés dont triomphent le plus malaisément ceux ou celles qui gouvernent les communautés: les querelles, les rivalités, les aigreurs, les médisances, obstacles à la paix, causes de ruine pour l'ordre et la discipline ; puis la tendance au relâchement, la paresse d'un grand nombre qui s'exemptent des offices sous le prétexte de faiblesses et de besoins plus imaginaires que réels, l'épanchement au dehors, l'abus des compagnies, des visites, du parloir, l'esprit de curiosité qui fait qu'on s'assemble pour entendre le récit de tous les bruits qui courent et de toutes les nouvelles qui se répandent, qu'on introduit furtivement dans les couvents certains livres pleins de nouveautés téméraires et dangereux pour la doctrine. Enfin on conclurait avec Bourdaloue que, « si l'on n'y prend garde, on nourrit dans le cloître les mêmes passions qu'on aurait eues dans le siècle, et qu'il n'y a de différence que dansles objets^. «Cependant Bourdaloue ne relève guère dans les communautés religieuses que des travers inséparables de l'humaine faiblesse. En général, le clergé régulier est pur au dix-septième siècle; la réforme y a prévalu; la discipline s'y maintient. C'est dans le clergé qui vit au milieu du siècle, toujours exposé aux regards et à la censure, c'est là que régnent souvent les abus graves elles scandales dangereux. Nous avons assez fait voir avec quelle liberté Bourdaloue les dénonce et les combat.

Cette liberté si hardie contre les désordres qui remplissent le monde, la cour, le sanctuaire même, il nous reste

1. Exhortation sur V Obéissance religieuse, t. VIII, p. 182, 183, 184. — Pensées. Sur l'État religieux, t. XV. p. lo6-lo7.

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