NOTICE XI
divers objets, mais une curiosité qui ne se laisse pas entraîner, que la réflexion contient et dirige, qui n'a rien d'exclusif ni d'étroit, mais aussi qui ne confond pas la liberté avec l'anarchie, qui croit au contraire à des principes sûrs, immuables, dont les œuvres les plus diverses sont l'éclatante confirmation. Ce qu'A. Feugèro tient à se démontrer à lui-même, par la variété des spectacles qu'il se donne et des études qu'il essaie en tous sens, c'est qu'en réalité Homère, Virgile, Dante, Shakespeare sont beaux par les mêmes raisons, et que ces raisons, l'àme les sent et le ?oùtles explique. Aussi, l'éducation et la forte discipline classique qu'A. Feugère avait reçues ne lui seront pas une limite. L'originalité d'A. Feugère fut cet équilibre même des facultés, d'une raison ferme unie à un sentiment vif et prompt, à une imagination pleine de grâce, et, chez lui, cette maturité devança les années, portant déjà des fruits quand les fleurs n'étaient pas tombées, comme pour avertir A. Feugère que la vie le trahirait trop tôt.
A peine venait-il d'être nommé, au mois d'octobre 1866, professeur de rliétorique au lycée du Puy que, se refusant aux douceurs d'un repos si bien gagné cependant, il s'arrêtait aussitôt au grand sujet qui sera l'œuvre capitale de sa jeunesse. Les orateurs sacrés du dix -septième siècle lui étaient familiers : ce que d'abord et avant tout il leur avait demandé, c'était la force et la pureté de la doctrine chrétienne ; par surcroît, il y trouvait tous les genres d'intérêt propres à le captiver, cette psychologie pénétrante qui n'entre si avant dans nos misères que pour les guérir, cette morale si bien appropriée aux besoins de l'homme, parce qu'elle dérive d'une source plus haute que l'homme, et, à côté de cas hautes parties, le plaisir de découvrir ce qui, dans le discours de l'orateur chrétien, regarde plus particulièrement les contemporains eux-mêmes,*